Djarma Acheikh Ahmat Attidjani

Tchad : surenchère militariste, fragmentation sociale et myopie française – Le Monde

Il y a 115 ans, jour pour jour, le 22 avril 1900, le bassin du lac Tchad était déjà le lieu d’affrontements militaires multinationaux. Ce fut la bataille de Kousséri, ouvrant la voie à la colonisation du Tchad par la France. La configuration des protagonistes rappelle étrangement la situation actuelle.

L’adversaire principal était le conquérant d’origine soudanaise, Rabah, qui rêvait d’instaurer un califat islamique – déjà – à cheval sur le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigeria. Ses troupes étaient recrutées au Darfour, dans le nord-est de l’actuelle RCA et le sud-est du Tchad. Elles étaient encadrées par des officiers soudanais de la tribu des Ja’aliyine (à laquelle appartient le président du Soudan, Al-Béchir). La confrérie libyenne des Senousistes occupait une partie du nord, et était déjà dans la mêlée. Rabah trouva la mort, mais aussi le chef des troupes françaises, le commandant Lamy, qui donna son nom à la future capitale du Tchad, Fort-Lamy, rebaptisée N’Djamena, en 1973.

Depuis cette décisive bataille de Kousséri, l’histoire du Tchad a été sans interruption, celle des soubresauts militaires internes et externes. La France y a toujours été impliquée. En conséquence, le Tchad dispose d’une grande masse de combattants et de matériels, disproportionnée par rapport à sa population et son économie.

Le régime du général Idriss Déby Itno, dépositaire de ce lourd héritage, est dans une fuite en avant permanente pour prévenir et éteindre les rébellions, renforcer la prééminence de son clan, et esquiver les programmes de réorganisation ; parfois par un aventurisme extérieur calamiteux : RDC, Soudan, RCA et Libye.

Nouvel état de grâce après vingt-cinq ans de pouvoir absolu ?

La menace terroriste (AQMI, MUJAO, Boko Haram) et la réaction énergique au Mali et à la frontière avec le Nigeria, le Cameroun et le Niger, sont perçues comme une mutation vertueuse de l’atavisme militariste tchadien. Source d’instabilité chronique à l’intérieur et chez les voisins, les guerriers tchadiens sont maintenant un facteur de stabilité en Afrique.

Curieusement, l’affirmation du régime tchadien à l’extérieur, est concomitante avec une série de troubles sociaux, à une échelle inégalée dans l’histoire du pays. Pour la première fois depuis la répression sanglante contre les Ouaddaiens et les Hadjéraïs, en 1993, la troupe a tiré sur des manifestants faisant des morts, en novembre et janvier derniers. Y-a-t-il un lien ou est-ce une simple coïncidence ?

Depuis plusieurs mois, le gouvernement n’assume plus ses engagements financiers (bourses, salaires, factures des fournisseurs, etc.). L’argument du surcroît de dépenses militaires ne convainc pas l’opinion, car au même moment les gaspillages continuent. Il y a une opacité totale sur la gestion des revenus pétroliers ainsi que les aides financières versées par les chefs d’Etat africains et arabes. L’exacerbation de la population est palpable dans l’atmosphère quotidienne.

La raison de cette exacerbation ? Le pétrole !

Avec la production pétrolière, les ressources de l’Etat ont connu un bond vertigineux. Immeubles, villas, routes, écoles, hôpitaux, etc. surgissent de façon spectaculaire. Des pancartes de style nord-coréen proclament : « N’Djamena, vitrine de l’Afrique ! », « Idriss Déby Itno grand bâtisseur », etc.

Pourtant la dégradation conditions de vie et de travail de la masse des citoyens s’accélère. Les salaires sont irréguliers et les services sociaux sont en déshérence. Les grandes réalisations, censées propulser le Tchad vers « l’émergence », sont un moyen astucieux pour engranger des milliards par les commissions et surfacturations. Les services financiers sont accaparés par le cercle familial du couple présidentiel, élargi à quelques thuriféraires.

Le Tchad est nominalement une démocratie. Dans la réalité, la machine administrative et militaire, et même les hiérarchies religieuses et traditionnelles, sont des appendices du parti présidentiel. L’opposition légalisée est un simple cache-sexe pour une ploutocratie familiale vorace et incompétente. La levée de la limitation des mandats consacre une présidence à vie, donnant lieu déjà à des querelles de succession dynastique.

Pour nombre de Tchadiens, le seul espoir reste un changement par la force : rébellion armée, coup d’Etat, ou révolution populaire à l’exemple du Burkina Faso ; ce qui risque d’enflammer un environnement régional déjà très volatil (Libye, Soudan, RCA, Nigeria, Cameroun).

Pour empêcher un soulèvement de masse, le régime manipule les différences communautaires, surtout la plus dangereuse : la religion. On instille l’idée que « la vraie menace » proviendrait des « Sudistes », « chrétiens animistes », qui chercheraient à arracher le pouvoir aux gens du nord. La loi de la République est écrasée par une hiérarchie ethno-confessionnelle à peine voilée : priorité aux Nordistes sur les Sudistes, aux musulmans sur les non-musulmans, aux ressortissants la région d’origine du président sur les autres Nordistes musulmans, aux pasteurs sur les agriculteurs, et finalement, à la famille Itno sur tout le monde. Les agents de l’Etat et les prestataires de service réajustent en permanence leur comportement, en fonction de cette hiérarchisation complexe.

Le spectre du précédent soudanais

Or, l’essentiel des puits de pétrole, se trouve au sud. Ce qui est vécu par la population locale comme une double injustice. Certains politiciens surfent sur cette frustration, en assimilant en bloc tous les ressortissants du nord musulman, y compris les victimes du régime, faisant ainsi le jeu de ce dernier. Une situation semblable à celle précédant la partition du Soudan, ou même le génocide rwandais, est en train de se créer.

Aucun mouvement sécessionniste n’a encore vu le jour au Tchad ; cependant, dans les esprits, la rupture est déjà consommée. Nous avons déjà eu un avertissement avec la guerre civile de 1979.

L’autre similitude avec le Rwanda, c’est la présence de l’armée française qui a toujours travaillé en symbiose avec l’armée tchadienne, évitant la chute du régime à plusieurs reprises. Apparemment, malgré cette intimité militaire, les autorités françaises ne mesurent pas le danger, ni les conséquences pour toute la région et pour la France elle-même.

Cette myopie est d’autant plus incompréhensible que l’hostilité envers la France est en train de monter dangereusement. Elle est perçue comme étant le principal pilier de ce régime et donc responsable direct du malheur du peuple tchadien. Et qu’on ne parle pas de nécessité de lutte antiterroriste, les Tchadiens se souviennent très bien que la France a toujours soutenu militairement ce régime au moment où il n’y avait pas cette menace ; c’était alors au nom de la « stabilité ».

Hostilité grandissante envers la France

D’ailleurs, c’est elle qui l’avait porté au pouvoir, en 1990, dans une alliance insolite avec la Libye et le Soudan. Elle continue à couvrir la disparition du professeur Ibni Oumar Mahamat Saleh. Coordinateur de la principale coalition de l’opposition, il avait été enlevé en février 2008, au moment où la France était militairement engagée aux côtés du général Déby Itno… Lire la suite ici


Malik Adoum Tchéré, auteur de la vidéo du 09 mars

Le 09 mars 2015 à la  suite d’une manifestation pacifique des élèves et étudiants à N’Djamena contre le port obligatoire de casque, la police a violemment réprimée les élèves faisant  3 morts dont un étudiant et plusieurs blessé entrainant une paralysie générale dans l’éducation et l’enseignement.

Une vidéo publiée sur la page facebook de Jeunes Tchad et disponible sur la chaine Youtube montre des policiers de la GMIP (Groupe Mobile d’Intervention de la Police)  torturer violemment les élèves au coup de matraque et de fouet.

L’Union Européenne a interpellé les autorités tchadiennes au respect de droit de l’homme et avait exigée que tout la lumière soit faite sur cet événement. Le procureur de la république avait ouvert une enquête le soir de la publication de cette vidéo et onze (11) policiers ont été arrêté.

J’ai mené une enquête sur cette affaire et comme il faut s’attendre, la justice au Tchad de Deby est a géométrie variable.

D’abord, après avoir passé une dizaine de jours en détention, à la coordination de la police judiciaire, 11 policiers plus 4 autres ont été présenté devant le parquet de grande instance de N’Djamena le 23 mars 2015 et les chefs d’accusation leur ont été notifiés. Cette procédure vise principalement à calmer l’opinion nationale et internationale comme annoncé dans un précédent article.

Seul le parquet était plaignant contre ces policiers, tandis qu’aucune victime, des élèves sur la vidéo ne s’est présentée, moins encore un parent pour se constituer partie civile.

Selon une victime les parents ont eu peur de se constituer partie civile, d’autre ont même reçu des menaces.

Le directeur la police Tahir Erda avait fait la promesse de libéré les policiers arrêté. Maintenant, ils ne sont que 5 en détention selon plusieurs sources de la police.

Malik Adoum Tchéré, l’auteur de la vidéo à été arrêté quelque semaine plu-tard caché chez un parent à N’Djamena.

Il faut aussi noter que Malik et un autre camarade qui ont filmé la vidéo n’ont pas été présenter au juge. Ils sont depuis en détention de la coordination de la police judiciaire pour insubordination alors qu’ils ont juste filmé la scène et pas participer à la torture. Et pourtant, les policiers qui ont prit part et facilement reconnaissables dans la vidéo, circulent librement à N’Djamena.

Selon leurs camarades choqués, ces policiers ne faisaient que suivre les ordres de leur hiérarchie et «s’il faut juger quelqu’un c’est Hisseine Doudoua» (un intouchable) commandant de la GMIP. Ils assurent que s’ils n’avaient pas des ordres formels, ces élèves ne peuvent-être torturer dans la cours de la GMIP.

Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Activiste, mondoblogueur

 


Les quatre modèles du terrorisme Internationale

Les analyses ne manquent pas pour tenter de rendre compte des attentats meurtriers des jihadistes. Elles émanent de divers horizons : islamologues, historiens, politiques, psychologues ou experts des mouvements terroristes. Les théories explicatives peuvent 
se raccrocher à quatre grands groupes.

1 · L’idéologie : au nom des idées


Il est des idées qui tuent. Au 20e siècle, ce fut le cas des idéologies totalitaires (nazie ou communiste). Concernant l’islam, certains mettent en avant la violence fondatrice du Coran, dont certaines sourates semblent explicites : « Ne prenez pas (les mécréants) 
pour alliés tant qu’ils n’auront pas émigré pour la cause de Dieu 
et s’ils se détournent, emparez-vous d’eux et tuez-les où que vous 
les trouviez (sourate 4). »

Mais cette thèse a plusieurs arguments contre elle. D’abord, toutes les sourates doivent être contextualisées : la tradition du jihad militaire
n’est d’ailleurs pas dans le Coran. Elle a été forgée par un courant minoritaire d’oulémas en lutte pour le pouvoir. L’islam a connu au cours
de sa longue histoire une « époque des Lumières » 
(9e-14e siècle), des formes politiques diverses (donc certaines proches de la laïcité), des courants pacifistes (soufisme) et dans l’ensemble une morale de bienveillance à l’égard d’autrui.

L’histoire des religions montre, du reste, qu’un même message fondateur peut être interprété et remodelé au fil du temps dans des directions très diverses. Toute religion est susceptible, selon les circonstances,
de délivrer un message de paix, ou au contraire de justifier l’élimination de ses opposants. Ce fut le cas avec le christianisme (saint Augustin a appelé explicitement à l’élimination des païens). Un même texte originel peut être susceptible de multiples lectures.

2 · Les réseaux : le poids 
des organisations


Les idées ne tuent que dans des contextes précis, comme des luttes de pouvoir organisées par des groupes armés. Les attentats meurtriers, d’où qu’ils viennent (Ira, ETA, etc.), sont toujours le fait de groupes qui embrigadent, forment et transforment des individus en combattants. Dans cette perspective, les organisations jouent un rôle majeur, avec leurs lieux de recrutement, leurs réseaux, leurs stratégies, leurs camps d’entraînement, leurs armements, leurs financements.

Les guerres de positions entre groupes jihadistes – comme, au Moyen-Orient, entre Daesh, Al-Qaïda au Levant et Aqpa – relativisent le poids des idées. C’est pourquoi nombre d’auteurs s’opposent à des lectures strictement confessionnelles des conflits au Moyen-Orient (sunnites contre chiites, juifs contre musulmans) au profit d’analyses en termes de conflits de territoire et d’intérêts stratégiques réciproques. Les ressources (le pétrole, le gaz), les politiques territoriales, la défense de positions stratégiques, les liens avec les territoires palestiniens, les jeux d’alliance sont déterminants dans les stratégies d’attentat.

3 · La thèse de la folie meurtrière

Et si les auteurs d’attentats étaient des déséquilibrés dont le profil relevait de la psychiatrie ? Ce sont des individus fragiles, influençables, limités intellectuellement. L’idéologie tiendrait moins de place dans leur engagement (ils connaissent mal le Coran) que la volonté d’en découdre : ce sont des jeunes fascinés par les armes et la violence. Cette vision « pathologique » du terroriste borderline existe, mais elle ne permet pas de rendre compte de la diversité des profils des candidats au jihad. Parmi eux figurent des adolescentes comme des hommes mariés et insérés socialement. Certains ont un passé familial troublé et un passé judiciaire de délinquants, d’autres comme Maxime Hauchard (qui a participé à la décapitation d’un journaliste américain) n’ont rien dans leurs antécédents qui laisse présager des comportements violents. Leurs motivations sont souvent comparables à celles des jeunes qui s’engageaient pour les Brigades internationales dans les années 1930, pour des causes révolutionnaires dans les années 1960-1970, dans les combats de l’ETA et de l’IRA plus récemment. Ils sont mus par une révolte morale (combattre les injustices du monde) et le désir de participer à un combat héroïque.

La sociologie des croyances extrêmes montre que le fanatisme peut s’appuyer sur un noyau d’arguments qui paraissent suffisamment probants pour justifier des croyances délirantes. Même la stratégie du kamikaze peut être envisagée d’un point de vue rationnel, d’autant qu’une récompense est promise : le paradis dans l’au-delà et un statut enviable de héros parmi les siens.

4 · La société responsable ?

La théorie du désespoir social repose sur l’idée que la violence se déploie sur fond de crise sociale et morale. Une société qui n’offre pas d’intégration à ses jeunes les pousse à la révolte. L’exclusion produit de la déviance. Le cumul de l’échec scolaire, de l’échec d’insertion professionnelle et de la déstructuration familiale nourrit un ressentiment contre la société. Et l’islam radical offre un cadre de socialisation, un idéal, une identité à des jeunes en « manque de repères ».

Ce modèle ne rend toutefois pas compte de certains terroristes bien intégrés socialement (comme ceux des attentats du 11 septembre 2001 ou de Londres en 2005). Lire la suite de l’article sur:====> Scienceshumaines.com


Pourquoi Deby tient tant à intervenir au Yémen?

Depuis la nuit du 25 au 26 mars dernier, une coalition de dix pays de la région (les principales puissances sunnites), menée par l’Arabie saoudite, mènent des frappes aériennes au Yémen (pays le plus pauvre de la péninsule arabique) afin de freiner l’avancée des rebelles houthis (une tribu arabe chiite soutenu par l’Iran ) et leurs alliés des militaires fidèle à l’ex- président Ali Abdallah Saleh (33 ans au pouvoir, renversé par une révolution populaire en 2012) , qui avaient pris le contrôle de la capitale Sana et fonçaient vers Aden ou était réfugié le président de transition Abdel Rabah Mansour jugé corrompu.

Cette coalition composé de l’Égypte, du Maroc, du Soudan, du Qatar, de l’Arabie Saoudite, du Pakistan, etc, vise principalement d’empêcher l’arriver des chiites au pouvoir au Yémen comme c’était le cas en Irak (Nour Al-Maliki), en Syrie (Alaouites) ou encore au Liban (Hezbollah).Pour les régimes sunnites, l’arriver des chiites au pouvoir est traduit comme une main mise de l’Iran qui depuis la révolution islamique du 1979 du grand Ayatollah  Mousavi Khomeini, la politique iranienne ne ménage aucun effort dans sa vision expansionniste dans le monde musulman. Le conflit entre les chiites et les sunnites dans la région remonte à des divergences controversés autour de la succession du prophète Mohamed après sa mort. Des divergences qui ont entrainé politique et religion, les musulmans dans un cycle infernal des siècles de guerre et de haine.  Mais de nos jours, le conflit sunnites/chiites a pris une dimension identitaire, religieuse et politique. Il est devenu le discours favori des régimes corrompu et autocrate pour faire passer toute sorte des pilules auprès de l’opinion nationale ou pour prévaloir une légitimité.Au Yémen, les rebelles houthis ne sont pas des Perses ou des iraniens mais des tribus arabes faisant partie intégrante du peuple yéménite. Ainsi, le Yémen ne fait pas l’objet d’une attaque extérieur de l’Iran comme tente de faire croire certains médias mainstream. Il est plutôt question d’un problème purement interne entre le peuple Yéménite, donc l’ingérence saoudienne est clairement une violation du droit international et une atteinte à la souveraineté du Yémen et son peuple.Il est triste de constater combien de fois le pétrodollars est si puissant jusqu’à faire courber les diplomates au conseil de sécurité à New York, à soutenir une action qui met en péril les efforts de paix et de la stabilisation de la région.

Sous la bananière de la Ligue arabe, certains ont vu dans cette coalition l’espoir tant rêvé d’une unité des pays arabes. D’autres, un nouveau  souffle au panarabisme, un ancien projet né des années vingts et développer dans les années cinquante par le président Égyptien Gamal Abdoul Nassir.

Ce projet cher au peuple arabe n’a jamais vue le jour grâce notamment à des multiples contradictions et paradoxes culturels, politiques, religieuses et morales. Et pourtant, cette coalition est tout sauf unitaire. Car l’objective de chacun des pays membre peut se transformer en un véritable conflit d’intérêt.

Après que le parlement Pakistanais a rejeté à l’unanimité la proposition du gouvernement de faire parti de cette coalition, le Pakistan, une puissance sunnite proche du Royaume salafiste, s’est retiré officiellement. D’autre comme l’Égypte préoccupé beaucoup plus par la situation de chez son voisin  libyen et des groupuscules djihadiste sur son sol à Sinai au Nord que les événement au Yémen ou le Bahreïn à majorité chiite, se sont fait discret. Ce qui leur a valu des critiques par les saoudiens qui craignent un revirement de position.

Le régime soudanais qui participe par 3 bombardier y voit la chance en or pour se faire un allié de poids au vue des critiques de la communauté internationale en ce moment des élections présidentielles aux dépens de l’Iran dont le Soudan a été jusqu’ici un proche allié. L’envoi de troupes soudanaises au Yémen est donc juste ce qu’il faut pour raccommoder les relations entre Khartoum et Riyad depuis des divergences en Libye et donner aussi un peu d’oxygène à l’économie soudanaise.

Mais ce qui est incompréhensible dans tous cela, est la décision du Sénégal de vouloir envoyer 2000 soldat sénégalais combattre au coté de l’Arabie Saoudite. Une décision qui prouve une fois de plus l’esprit étriqué et la vision encarcannée de certain de nos présidents africains en matière de la chose publique. Pour qui? Pour quoi? Et au nom de quoi ces soldats vont-ils risqués leur vie au Yémen? Verront-on  un jour les saoudiens au secours des sénégalais lors qu’ils seront menacés  par des djihadistes dont la pensée salafiste est en plein effervescence au Sénégal?  Car en ce jour-là, il faut plus que les marabouts  »soufis » de circonstance et leur fétiche pour y faire face.  Pourquoi vouloir envoyer des troupes au Yémen alors que les terroristes de Boko Haram sont juste à coté?

De plus les houthis ne sont ni des terroristes, ni des djihadistes. Une opposition politico-militaire qui réclame justice sociale et partage du pouvoir. Quant aux rumeurs qui affolent la blogosphère tchadienne d’un probable envoie des troupes tchadiennes au Yémen, il faut noter que la visite du vice-ministre de la défense saoudien au Tchad à la veille de l’opération  »Tempête décisive » n’a pas un lien direct avec les événements au Yémen.

Après la mort du roi Abdallah, le nouveau roi envisage de changer radicalement les rapports tendus entre l’Arabie saoudite et les islamistes en Libye notamment les frères musulmans dont Deby joue l’apprentie sorcier avec les Toubou. Mais l’idée de l’envoie des troupes tchadiennes au Yémen vient tout droit des soudanais qui ont sollicité l’aide d’Idriss Deby après le refus catégorique des certains milices paramilitaires au Darfour contrôler par le service soudanais de renseignement de combattre au Yémen. Les soudanais ont aussi demandé de recruter des militaires des tribus arabe tchadien. Deby voit dans ce geste de quoi fanfaronner et se repositionner comme un rempart incontournable contre le terrorisme international et sans lequel il croit que le Tchad et la région seraient condamnés au chaos. Seul problème, les houthis ne sont pas des terroristes.

Le milieux conservateur saoudien qui avait initié cette coalition, considère le président tchadien comme un  »apostat » de son intervention militaire au Mali contre les djihadistes et au Nigeria contre Boko Haram. Ils ne peuvent donc en aucun cas le laisser participer dans une opération aussi complexe et  »sainte ». Dans ce milieu, Idriss Deby est considéré un laïc c’est-à-dire un non musulman qui à plusieurs reprise combattu l’islam (Mali, Nigeria, Soudan, etc). D’autant qu’il est moins un arabe. Notons à cela que Deby avait lui même dissous par un décret la principale organisation fiancée des saoudiens pour la prédilection de l’islam il y a quelque semaine soupçonné en lien avec Boko Haram.En bref, cette action au Yémen par la forte présence d’Al-Qaida engendra sans aucun doute un nouveau monstre indomptable dans cette partie de la région. Cela s’ajoute au multiple crise dont fait face les peuples de la région entre terrorisme et régime autocrate en Égypte, en Irak, en Syrie, en Libye, au Liban, en Tunisie, au Soudan, etc.

Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Activiste politique, mondoblogueur


Boko Haram : le double jeu du président Déby ?

L’année 2015 a commencé de manière bien sinistre sur les bords du lac Tchad, où Boko Haram a massacré plusieurs centaines de civils dans la petite ville de Baga, au Nigeria, et incendié une quinzaine de villages à ses alentours. La barbarie de ces actes – sans doute le pire crime de masse commis par la milice dirigée par Abubakar Shekau – pourrait peut-être s’expliquer par le fait que Baga abritait le quartier général de la Force multinationale conjointe de sécurité censée combattre le banditisme et le terrorisme dans la région. La FMCS avait été désertée quelques semaines plus tôt par les soldats nigériens et tchadiens et les derniers militaires nigérians restés sur place n’ont guère résisté à l’assaut de Boko Haram.

Le 17 janvier, l’armée tchadienne faisait une entrée remarquée au nord du Cameroun, en accord avec les autorités de ce pays, et avec comme objectif déclaré, notamment, de reprendre Baga1. Cependant, les autorités nigérianes – jusque-là davantage préoccupées par de très prochaines élections que par la déliquescence de leur armée face au groupe djihadiste – affirmaient n’avoir pas été consultées et demandaient le respect de l’intégrité territoriale de leur pays par les forces tchadiennes. Et le 21 janvier, avec le transfert du siège de la FMCS de Baga à Ndjamena, le Tchad et son inamovible président, Idriss Déby, semble prendre la main dans la lutte contre Boko Haram et manifester une exemplaire solidarité envers ses deux voisins, le Cameroun et le Nigeria, dont les forces armées rencontrent les plus grandes difficultés pour maîtriser la progression des hommes de Shekau. Deux ans après avoir été le premier soutien de la France pour expulser les groupes djihadistes du nord du Mali, le président Déby  s’est érigé en irremplaçable rempart antiterroriste dans le Sahel.

À y regarder de plus près, la réalité pourrait être plus complexe. Depuis plusieurs mois, des questions contradictoires, souvent troublantes, se posent sur le rôle du Tchad dans la lutte contre Boko Haram.

Tout d’abord, il faut constater qu’en dépit de sa proximité géographique avec les zones sous contrôle de Boko Haram au Nigeria, aucune attaque n’avait, jusqu’au 13 février 20152, frappé le territoire tchadien. Pourtant, certaines zones de ses voisins, à quelques dizaines de kilomètres de la capitale tchadienne subissent des raids et attentats de Boko Haram presque au quotidien, et ce depuis près de trois ans, dans le cas du Cameroun, et encore davantage au nord-est du Nigeria.

A noter que les nombreuses armes saisies dans le nord du Cameroun au cours des derniers mois et qui serviraient à alimenter Boko Haram proviennent presque systématiquement du Tchad. Par exemple, le 26 mars 2014, près de Fotokol, sur indication de villageois, une cache souterraine était mise à jour. On y trouva, notamment, 239 kalachnikovs, une tonne de grenades, un canon, un mortier, 9 mitrailleuses, 6 fusils FAL et 11 lance-roquettes3. De même, le 23 septembre, à Kousseri, ville camerounaise faisant face à Ndjamena, ce sont, entre autres, 5 mitraillettes, 24 roquettes, 4 lance-roquettes et 6 kalachnikovs qui ont découverts dans la villa d’un responsable local du groupe armé4. Le 12 novembre, à Kousseri, la police a intercepté, dans une cache aménagée dans un véhicule qui venait de passer la frontière tchadienne, 15 mitrailleuses, 6 AK-47, un lance-roquettes de type RPG et près d’un millier de cartouches5.

Un pays saturé d’armes

D’autres armes, saisies au Nigeria notamment par la FMCS en 2012, semblaient venir également du Tchad, à travers le lac éponyme6. Le Tchad est visiblement devenu le lieu où confluent les routes du trafic d’armes, venant principalement de Libye, décrite comme un « arsenal à ciel ouvert » depuis l’intervention de l’Otan en 2011. D’autres pays en proie à des conflits y contribuent également, comme le Soudan ou la Centrafrique. Par ailleurs, le gouvernement de Ndjamena est confronté à une forte prolifération d’armes de guerre héritées de deux épisodes de guerre civile (1965-1979 et 2005-2010), de diverses interventions militaires dans des pays de la région et du retour de nombreux Tchadiens, parfois armés, dans leur pays après le renversement de Mouammar Kadhafi7. Pour tenter de maîtriser la détention illicite d’armes à feu, il procède à des fouilles et des perquisitions parmi les civils et les démobilisés8. Ce contexte va inciter certains habitants à se débarrasser des armes en leur possession en les vendant à des trafiquants qui, à leur tour, les injectent dans les circuits alimentant Boko Haram9.

Une autre source des armes alimentant Boko Haram pourrait être l’armée tchadienne elle-même. C’est du moins ce qu’a affirmé un officier supérieur de la gendarmerie camerounaise, selon lequel le groupe armé entretient des liens étroits avec des militaires tchadiens10. Des accusations similaires éclaboussent les armées nigériane et camerounaise. Il est bien entendu difficile d’évaluer l’ampleur et l’impact de telles complicités, bien que les allégations concernant les connexions entre l’armée d’Abuja et les djihadistes11 soient bien plus nombreuses et circonstanciées que celles visant les armées de ses deux voisins.

Quoi qu’il en soit, on peut s’interroger sur le faible nombre d’arrestations de trafiquants et de saisies d’armes destinées à Boko Haram opérées en territoire tchadien, en flagrant contraste avec la situation au nord du Cameroun. Nos recherches n’ont révélé que deux cas, peu détaillés, d’arrestation de trafiquants soupçonnés d’alimenter Boko Haram. D’abord, celui de cinq Camerounais qui, à une date indéterminée en 2013, avaient tenté d’introduire dans leur pays des armes cachées dans des sacs d’arachides et avaient été arrêtés au Tchad12. Ensuite, celui, très récent, concernant la saisie de 30 armes de guerre début janvier 2015, à Dougya, une localité sur le fleuve Chari, faisant face au Cameroun13.

Si un de ces deux cas mis à jour concerne des citoyens camerounais, plusieurs saisies d’armes opérées au Cameroun impliquaient des Tchadiens. Des ressortissants de ce pays sont également actifs dans des trafics bien plus loin éloignés. Au moins cinq reprises en l’espace de quelques semaines, des contrebandiers tchadiens ont été arrêtés dans le sud de l’Algérie14. Même s’il n’est pas établi que toutes ces affaires concernent le trafic d’armes, et en dépit que des citoyens d’autres pays, dont le Niger et le Soudan, étaient souvent impliqués, cela suggère une forte culture de la contrebande transsaharienne de certains ressortissants tchadiens.

L’implication de nombreux citoyens de pays sahéliens dans des activités de contrebande a sans doute été rendue plus aigüe par l’expulsion de plusieurs centaines de milliers de travailleurs de ces pays par les nouveaux maîtres de la Libye, dont plus de 150 000 Tchadiens retournés dans leur pays d’origine15, et de l’exode de milliers d’anciens combattants à la solde de l’ancien régime. À ce propos, il faut rappeler que le président tchadien, Idriss Déby, avait été un des premiers chefs d’Etat à attirer l’attention de la communauté internationale sur les conséquences catastrophiques pour la bande sahélienne du chaos provoqué en Libye.

D’autre part, il faut noter que les dépenses militaires tchadiennes sont en forte progression, ayant été pratiquement multipliées par huit entre 2004 et 200816, tandis que les importations d’armes répertoriées, principalement de France et d’Ukraine, suivaient une courbe comparable. En plus, de nombreux armements n’ont pas été déclarés, ni par le Tchad, qui n’a jamais participé au Registre de l’ONU sur les transferts d’armes17, ni par les pays vendeurs18. Ces achats massifs, couplés à une absence de transparence, font naître la suspicion que certains matériels auraient pu être détournés vers des acteurs non étatiques.

Un faisceau d’allégations

Par ailleurs, un grand nombre de Tchadiens combattent au sein de Boko Haram. Lors d’une attaque sur Biu (Etat du Borno, Nigeria) le 14 janvier 2015, quinze membres tchadiens du groupe armé ont été tués19. Dans les régions sous son contrôle du nord-est du Nigeria, les tribunaux mis en place par Boko Haram ont été systématiquement présidés par des Tchadiens20. Ces derniers ont l’expertise nécessaire pour manier des armes lourdes sophistiquées, comme des blindés et de l’artillerie21.

En outre, des médias nigérians, citant un mémo de services de renseignement tchadiens datant de 2011, font état de l’existence d’un camp d’entraînement de Boko Haram en territoire tchadien, plus précisément près de la ville d’Abéché22, à 750 km à l’est de Ndjamena. Ce camp, très éloigné des zones d’opération du groupe djihadiste, n’aurait pu exister qu’avec l’assentiment du gouvernement tchadien. Cependant, ce camp n’est certainement pas le seul dans la région. Le 21 décembre 2014, l’armée camerounaise en a démantelé un dans le département de Mayo-Danaï, dans la région de l’Extrême-Nord, récupérant plus de 80 enfants qui y étaient formés et arrêtant 45 instructeurs23. D’autres camps de Boko Haram où les adeptes étaient formés au maniement des armes, existent vraisemblablement au Nigeria, bien que l’armée en ait rarement démantelés, et ont été découverts à Tombouctou, au Mali, en janvier 201324, et près de Diffa, dans le sud-est du Niger, en février 201425, mais jamais l’assentiment des autorités centrales n’a été suspecté.

Relevons aussi que du carburant tchadien de contrebande approvisionne Boko Haram, ainsi que certaines régions du Cameroun et des zones restées sous le contrôle des rebelles de la Seleka en Centrafrique26. Selon certains médias tchadiens, ce pétrole est directement issu des réserves appartenant à la famille présidentielle27.

Tous ces éléments font dire à certains médias, notamment nigérians et camerounais, ainsi qu’à des organisations de la société civile nigériane, comme Every Nigerian Do Something (ENDS)28 et #BringBackOurGirls (BBOG)29, que les autorités de Ndjamena sont complices de Boko Haram. Les accusations de BBOG ont été principalement alimentées par le pseudo-accord conclu le 17 octobre 2014 entre les autorités nigérianes et Boko Haram, sous la médiation personnelle du président Déby, et qui aurait dû entraîner un cessez-le-feu et la libération de plus de 200 jeunes filles enlevées à Chibok (Etat du Borno) six mois plus tôt30. L’accord n’a pas été mis en œuvre et Shekau a déclaré, dans une vidéo diffusée le 1er novembre, qu’il n’avait jamais été conclu31. À Abuja, les responsables gouvernementaux semblaient se diviser sur la responsabilité de Déby dans ce fiasco, les uns pensant qu’il avait été involontairement trompé par le groupe djihadiste, désireux de se réorganiser et de se redéployer, les autres soupçonnant le président tchadien – devenu brusquement indisponible après l’annonce de l’accord – d’avoir voulu délibérément piéger les autorités nigérianes32.

Les relations suspectes du président Déby

Un autre élément qui accrédite cette thèse est l’amitié qui lit le président Déby à Ali Modu Sheriff, ancien gouverneur de l’Etat du Borno et dont l’élection doit vraisemblablement beaucoup au soutien offert par Boko Haram en 2003. En échange, le beau-père de Mohammed Yusuf, fondateur du mouvement, assassiné en 2009, avait été nommé commissaire des Affaires religieuses de son gouvernement33. Le président nigérian, Goodluck Jonathan, a publiquement déclaré, en avril 2013, que Sheriff avait été un « ami » de Yusuf34.

Or, Sheriff, qui serait un visiteur régulier du Tchad, particulièrement de la ville d’Abéché, bénéficierait de la protection du président tchadien dont il aurait financé la campagne électorale de 2011, notamment en lui fournissant 35 véhicules pour sa sécurité35. Certaines sources, dont Stephen Davis, négociateur australien ayant tenté de faire libérer les filles de Chibok, accusent Modu Sheriff de financer Boko Haram36, voire d’organiser des transferts d’armes à son bénéfice ou de superviser le présumé camp d’Abéché37.

Cependant, en juillet 2014, Sheriff – jusque-là membre d’un parti d’opposition – a rejoint le People’s Democratic Party, au pouvoir38, et devenir un allié de poids du président Jonathan, tandis que, le 16 décembre 2014, les services de renseignement nigérians – le State Security Service (SSS) – exonéraient Sheriff de toute complicité avec Boko Haram39. Par conséquent, on pourrait difficilement reprocher au chef d’Etat tchadien d’entretenir d’étroites relations avec un homme blanchi par les autorités nigérianes des soupçons de soutien à un groupe armé nigérian…

Lire la suite et l’intégralité de l’article sur===> Le blog Les Afriques dans le Monde

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  1. Pourtant, c’est l’armée nigériane qui a finalement repris la cité le 21 février 2015. []
  2. Boko Haram attaque pour la première fois le Tchad, La Libre Belgique, citant AFP, 13 février 2015. []
  3. Reinnier Kaze, Le Cameroun, plaque tournante d’un trafic d’armes destinées à Boko Haram, Yahoo Actualités, citant AFP, 4 avril 2014 ; David Wenaï, 20 ans de prison pour des membres de Boko Haram, Camer.be (Bruxelles), citant L’œil du Sahel, 31 juillet 2014 . []
  4. Un dirigeant de Boko Haram arrêté, BBC Afrique, 26 septembre 2014 ; Raoul Guivanda, Kousseri : un chef local de Boko Haram arrêté, Camer.be, citant L’Oeil du Sahel, 26 septembre 2014 ; Cameroonian Military Capture Boko Haram’s Top Commander, Abakar Ali, Sahara Reporters, 26 septembre 2014. []
  5. Cameroun : Des armes en provenance du Tchad ont été saisies à l’Extrême-nord, kaoci.com, 12 novembre 2014 ; Cameroun : l’armée neutralise 58 membres de Boko Haram dans L’Extrême-nord, 237online, 17 novembre 2014 ; David Wenaï, La police démantèle un réseau d’armes de Boko Haram, Camer.be, citant L’Œil du Sahel, 17 novembre 2014. []
  6. Freedom C. Onuoha, Porous Borders and Boko Haram’s Arms Smuggling Operations in Nigeria, Al Jazeera Center for Studies, 8 septembre 2013 ; Deux islamistes nigérians tués à la frontière avec le Tchad, Slate Afrique, 1er août 2012. []
  7. Cyril Musila, Le trafic d’armes légères et de produits de contrebande : carburant, médicaments, véhicules et pièces détachées, irenees.net, juillet 2012. []
  8. Tchad : La circulation des armes qui fait peur dans le-Moyen-Chari et le Mandoul, Groupe de réflexion et d’action pour le Tchad, 31 juillet 2014 ; Adil Abou, Tchad: Importante quantité d’armes saisies à Abeché, Alwihda (N’Djamena), 15 décembre 2014. []
  9. Abdelwahid Ahmat, Cameroun : La police camerounaise découvre des armes dans un véhicule, Alwihda, 19 décembre 2014. []
  10. Reinnier Kaze, Le Cameroun, plaque tournante d’un trafic d’armes destinées à Boko Haram, op. cit. []
  11. Chantal Uwimana (Transparency International), Corruption In Nigeria’s Military And Security Forces: A Weapon In Boko Haram’s Hands, Sahara Reporters, 19 juin 2014. []
  12. Edouard Kingue, Circulation des armes de guerre : trafic ou complot contre le Cameroun ?, Camer.be (Bruxelles), citant Le Messager (Douala), 8 octobre 2014 ; Reinnier Kaze, Le Cameroun, plaque tournante d’un trafic d’armes destinées à Boko Haram, op. cit. []
  13. Reouhoudou Innocent, Tchad : 30 armes de guerre saisies, Alwihda, 7 janvier 2015. []
  14. L’Armée annonce avoir arrêté plusieurs contrebandiers étrangers dans le Sud, Tout Sur l’Algérie, 30 novembre 2014 ; Algerian army says captures foreign smugglers on Niger border, Reuters, 2 décembre 2014 ; Des contrebandiers africains arrêtés à In Guezzam et Bordj Badji Mokhtar, Algérie 1, 2 janvier 2015 ; Arrestation par les forces de l’ANP de huit contrebandiers à In Guezzam, Algérie Presse Service, 9 janvier 2015 ; La contrebande redouble de férocité au Sud, L’Expression (Alger), 11 janvier 2015. []
  15. L’OIM au secours de migrants tchadiens en détresse expulsés de Libye, Organisation internationale pour les migrations, 12 février 2013. []
  16. Selon le Stockholm Institute for Peace Resarch (SIPRI), les dépenses militaires du Tchad ont même plus que décuplé durant cette même période, pour atteindre 274 milliards de francs CFA ou 7.1 % du PiB en 2008. Voir SIPRI Yearbook 2014, pp. 222 et 236. []
  17. Reporting to the United Nations Register of Conventional Arms, Statistics Update 2014, United Nations Office for Disarmament Affairs (UNODA). []
  18. Le développement piégé : les transferts d’armes et le développement au Tchad (2005-2010), CCFD-Terre Solidaire, janvier 2012. []
  19. 15 Chadians Boko Haram Fighters Killed As Soldiers Repel Attack On Biu, Sahara Reporters, 14 janvier 2015. []
  20. Nicholas Ibekwe, Boko Haram: Nigeria downplays Chad’s move to capture Baga, Premium Times (Abuja), 19 janvier 2015. []
  21. Guibaï Gatama, Boko Haram : La stratégie suicidaire du Tchad, Camer.be, citant L’œil du Sahel, 10 novembre 2014. []
  22. Secret Intelligence Report links ex-Governor Sheriff, Chad President to Boko Haram sponsorship, Premium Times, 12 septembre 2014. []
  23. Reinnier Kaze, Info RFI: un camp d’instruction de Boko Haram démantelé au Cameroun, RFI, 21 décembre 2014. []
  24. Drew Hinshaw, Timbuktu Training Site Shows Terrorists’ Reach, The Wall Street Journal, 1er février 2013. []
  25. Un camp d’entraînement de Boko Haram localisé au Niger, kaoci.com, 19 février 2014. []
  26. Tchad: sur les traces du pétrole de contrebande, RFI, 18 novembre 2014. []
  27. D. D., La collusion de Deby avec Boko Haram vient d’être définitivement établie au Soudan !, N’Djamena Matin, 20 novembre 2014. []
  28. Nicholas Ibekwe, op. cit. []
  29. Nigeria: Chad Denies Funding Boko Haram, allAfrica, citant Vanguard, 4 décembre 2014 ; []
  30. Boko Haram: le Nigeria annonce un accord sur la libération des lycéennes et un cessez-le-feu, Le Huffington Post, citant AFP, 17 octobre 2014 ; Sodiq Yusuff, EXCLUSIVE: How Idriss Déby brokered ceasefire, TheCable (Lagos), 18 octobre 2014. []
  31. Boko Haram says kidnapped schoolgirls ‘married off’, France 24, citant AFP, 1er novembre 2014. []
  32. Fredrick Nwabufo, Revealed: How Chadian president fooled Nigeria on phantom Boko Haram ceasefire, TheCable, 9 novembre 2014. []
  33. Femi Falana, How Modu Sheriff Sponsored Boko Haram, Sahara Reporters (New York), 4 septembre 2014. []
  34. Video shows President Jonathan linking ex-Borno Governor, Ali Modu Sheriff, to Boko Haram, Premium Times, 31 décembre 2014. []
  35. Secret Intelligence Report links ex-Governor Sheriff, Chad President to Boko Haram sponsorship, op.cit. []
  36. Australian Negotiator Insists Modu Sheriff, Ihejirika Sponsor Boko Haram, Exonerates Buhari, El-Rufai, Sahara Reporters, 31 août 2014. []
  37. Secret Intelligence Report links ex-Governor Sheriff, Chad President to Boko Haram sponsorship, op.cit. []
  38. [1] Blamed by opponents for Boko Haram insurgency, Ali Sheriff dumps APC, joins PDP, Premium Times, 14 juillet 2014. []
  39. SSS Clears Ihejirika And Sheriff, Arrests Seven ‘Fraudulent’ Associates Of Stephen Davis, Sahara Reporters, 16 décembre 2014 ; Video shows President Jonathan linking ex-Borno Governor, Ali Modu Sheriff, to Boko Haram, op. cit. []


 » La branche de l’Etat islamique en Afrique revendique la destruction du pipeline Tchad-cameroun »

Soudain, une explosion énorme, dans un terrible brasier, s’élèvent des flammes qui jaillissent du sol. Les prairies brûlent, la terre gronde, le ciel devient ténébreux, les flammes bondissent d’arbre en arbre.  Quelques hommes vont chercher de l’eau pour essayer d’éteindre le feu, d’autres s’inquiètent pour leur famille. Les pompiers se désolent, aucun endroit n’est épargné par les flammes. Le feu brule des jours et des jours, dévaste tous ce qu’il trouve sur son chemin laissant derrière lui un désert minéral et noirci de cendres.

Les dégâts sont énormes, inestimables, inimaginables. Des milliards de dollars, 70% du PIB tchadien, 1070 km de  pipeline (du Tchad au sud du Cameroun), tout partie en fumé. En quelque minute. A la télé, un seul mot:  »Allahou Akbar », attentat revendiqué par la branche de l’État Islamique en Afrique de l’Ouest, Boko Haram.

Remontons l’histoire. Nous sommes au présent. Pour l’instant, ce scenario relève de la pure fiction. Mais pas improbable. Une menace qui n’a sans doute pas été étudier sérieusement avant l’envoie des troupes tchadiennes dans la guerre contre Boko Haram au Nigeria .

L’intervention irréfléchie du président tchadien au Nigeria ne sera pas sans conséquence. Soyons certains. Et l’allégeance de Boko Haram à l’Etat Islamique n’a fait que renforcer la détermination et la position des djihadistes et islamistes en générales sur ce qui concerne le Tchad, qu’ils lui réservent une grande surprise de taille.

Si jusqu’à de nos jours aucun attentat n’a été produit au Tchad c’est pour tout une autre raison que sécuritaire. Ce n’est pas une service de sécurité dévouée entièrement à celle du président et la torture de ses opposants qui empêchera les terroristes de faire un attentat dans un pays aussi vaste que le Tchad, à moins qu’elle est plus performante que celle des États-unies, de la France ou du Nigeria.

Que les tchadiens se fassent bruler ou qu’ils meurent de faim, ce n’est pas un problème pour Deby à condition que rien ne touche à sa présidence. Même pas une mouche.

Certains croient que l’État Islamique est en Irak et en Syrie. Ce qui relève d’une naïveté flagrante. L’idéologie n’a pas de frontière et très peu de nos Etats africains y détiennent les outils nécessaires et adéquats pour faire face. Pour des régimes tel que celui de Deby, la force est la solution à tous les problème: terrorisme, radicalisme, maladie, manifestation, chômage, cherté de vie, chagrin d’amour, etc. Tout est résolu par la violence. En effet c’est le seul langage dont-ils disposent et dont-ils croient vraiment. Les militaires au Tchad et dans la plu-part des pays africains ne savent qu’une chose: tenir un kalachnikov.

Cependant avec l’émergence de nouveau défi et des phénomènes terroristes, il est urgent de reconfigurer le concept de l’Etat en Afrique, au risque d’entrer dans un cycle infernal de conflit dont l’on ne sait l’ami de l’ennemie.

Le lambda tchadien ne comprend pas. Sa personne est le résultat de 24 ans  de politique d’un regime improviste avec un esprit étriqué et une mentalité encarcannée dans le tribalisme et le clientélisme aiguë.
Ces enjeux sont tout à fait en dehors du champs de ses activités cérébrales.

Après l’attentat perpétré mercredi 18 mars 2015 en fin de matinée dans le prestigieux musée de Bardo en Tunisie et revendiqué par la branche libyenne de l’Etat Islamique, ce dernier ne manquera sans doute pas la revanche sur le  Tchad, si même, ils ne s y préparent pas en ce moment son prochain cible.

L’héritage des tchadiens du système Deby sera sanglante.

Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Activiste politique, blogueur


Tchad: Le policier, l’auteur de la vidéo en cavale

Contrairement à ce qui était annoncé par le procureur de la république, le policier auteur de la vidéo filmant la torture des élèves à la suite d’une manifestation le 09 mars 2015 ne figure pas parmi les onze (11) policiers arrêtés.
L’auteur de la vidéo est activement recherché par les autorités et est actuellement en cavale. Par ailleurs, même les onze (11) policiers de la GMIP (Groupe mobile d’intervention de la police) arrêtés, bien qu’ils aient assistés à la torture, ne sont pas ceux qui figurent sur la vidéo.

Ils sont au nombre de 28 policiers dans leur section et seulement onze (11) mise au arrête. Les dix-sept (17) autres dont ceux qui figurent sur la vidéo, y a ceux qui ont pris la fuite, d’autres aidés par leur proche à la hiérarchie ont traversé la frontière et sont à Kousserie au Cameroun et certains autres «intouchables» baladent sans crainte à N’djamena.

Comme annoncé dans un précédent article, le procureur de la république est juste dépassé par cette affaire dont les enjeux sont ethniques, politiques, sociales et internationales.

Cette arrestation des onze (11) policiers  »seulement » a crée une vague d’indignation parmi les commissaires et officiers au sein de la police centrale de N’djamena  qui fustige une justice à géométrie variable.

Selon des sources policiers, le directeur de la police  Tahir Erda avait laissé entendre la libération de tous les policiers  et l’arrestation de l’auteur de la vidéo pour ″insubordination″ et ″complicité″ et sera envoyé à la prison de Korotoro.

Quant aux élèves et étudiants, ils promettent de manifester ce Lundi 23 mars et continueront jusqu’à la satisfaction de leur revendication.

Lire==> Tchad: Les cours seront-ils suspendus indéfiniment?


Djarma Acheikh Ahmat Attidjani

Activiste politique


Les policiers massacreurs des élèves seront-ils relâchés?

Onze (11) policiers du Groupe mobile d’intervention de la police (GMIP) ont été arrêté le lundi 16 mars et mise à la disposition de la justice tchadienne. Oui, le Tchad de Deby à aussi une justice.
L’arrestation de ces policiers vient à la suite d’une vidéo publier sur la page facebook de Jeunes Tchad, les montrant torturés des élèves arrêtés lors d’une manifestation le 09 mars 2015. Une manifestation qui a conduite à la fermeture des établissements scolaires du primaire au supérieur par le gouvernement.

Le mercredi 18 mars, le président tchadien Idriss Deby a ordonné lui-même la reprise de cours jeudi 19 et a appelé au calme. Un discours qui est loin des revendications des élèves et étudiants qui exigent la démission du directeur générale de la police Tahir Erda qui s’est vue promu au grade de corps d’armée, la démission du ministre de la sécurité publique et l’ouverture d’une enquête indépendante.

Mais bien avant cela, le 13 mars quelque heur après la publication sur Jeunes Tchad de la vidéo qui a fait le tour du monde, les policiers ont été très vite identifié le soir même.

Cependant, il a fallu le 16 mars soi 3 jours face à l’ampleur de la vidéo et l’indignation générale qu’elle a provoquée que les autorités tchadiennes ont décidé en fin d’arrêter les policiers, bien même qu’une information judiciaire a été ouverte.

Sur la vidéo, on écoute clairement  des noms de certains policiers de la Gmip s’appeler entre-eux.  C’est ce qui a permis de les identifier aussi vite. Mais ce qu’il faut retenir, bien avant le 13 – date de la publication de la vidéo, les policiers ont torturés et humilier les élèves le 09 mars. Et ce pour leur travail formidable que le ministre de l’Administration du territoire et de la Sécurité publique les avaient salué sur les antennes de la radio publique, comme « des agents biens formés et dévoués dans leur service ». Oui, celle de massacré des élèves et des paisibles personnes.

Et pour couronner le tout, le président tchadien Deby en personne a promu le général de division, le directeur général de la police Tahir Erda qui «tirait à balle réelle» pendant les manifestations, au  grade de général de corps d’armée par un décret signé par le Chef de l’Etat et diffusé sur les ondes de la radio et de la télévision du Tchad.

«Erda a su diriger avec succès pour contrecarrer les manifestations des élèves contre le port de casques» a affirmé le président qui lui renouvelle sa confiance pour service rendu. On compte trois(3) morts parmi les manifestants dont un étudiant, des nombreux blessés, plus de 200 arrêtés et disparus. Qu’adviendra-t-il aux victimes si cette vidéo n’était pas fuitée et publiée? Combien des cas similaires sont passées sous silence?

Nous savons que l’un des policiers qui a participé aux massacres des élèves s’appelle Alnnadif et surnommé Com-tourape (2min – 3sec). Un autre surnommé Com-drapeau (1min- 53sec).

De tel massacre sont courant tous les jours depuis bien trop longtemps et dans tous les camps et lieu de détention au Tchad.

A N’djamena précisément au quartier Chagoua dans le 7eme arrondissement où se trouve le camp du Groupement Mobile d’Intervention de la Police et le lieu dont ont été tournées les images, ces policiers sont très connus dans le quartier et très appréciés par leur hiérarchie.

Il a fallu une véritable discussion entre les familles des policiers (ethnie), leur hiérarchie et les agents de la justice pour que ces policiers acceptent d’être ainsi arrêter, à fin de clamer les esprits.

Notons aussi que la vidéo n’était pas pour s’auto-denoncer. Elle circulait en interne entre les policiers qui prenaient de plaisir à revoir le traitement infligé à leur victime. Ils les avaient aussi montrés à un certain nombre de commissaire qui leurs avaient félicités. La fuite été venue d’un de leur proche que je préfère garder l’anonymat.

Dans le couloir de la présidence, il murmure que la perspective d’un nouveau gouvernement est sur la table. Mais il n’est pas question la démission de Tahir Erda.

En attendant, les étudiants et les élèves menacent de descendre bientôt dans la rue si leur revendication n’est pas satisfaite. Et de l’autre coté, le procureur de la république est juste dépassé par cette affaire dont les enjeux sont ethnique, politique, sociale et internationale.

Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Blogueur, Activiste politique


Tchad: Les cours seront-ils suspendus indéfiniment?

Au Tchad, cela fait déjà une semaine que les écoles et universités de la capitale sont fermées. Une décision des autorités qui intervient suite à la contestation violente de la mesure obligeant les motocyclistes à porter des casques par les élèves le lundi 09 mars 2015. Des contestations qui ont débordé à l’université, provoquant la mort de trois (3) personnes selon des sources hospitalières, dont un étudiant.

Mais la fermeture des établissements scolaires, du primaire au supérieur n’a pas fait retomber le climat électrique qui règne dans les milieux des enseignants et des étudiants.

La tension est montée d’un cran au milieu de la semaine à la suite d’une vidéo publié par Jeunes Tchad sur les réseaux sociaux  montrant des policiers torturés des élèves au coup de matraque et de fouet. La vidéo à ému l’opinion nationale et internationale. Au Tchad une information judiciaire est ouverte.

Hier, lundi 16 mars, onze (11) policier ont été arrêté  et 57 élèves et étudiants condamné par la justice à trois (3) mois de prison avec sursis et 5 000 fcfa d’amande. Cette décision de la justice était sensée apaiser la tension car dans la journée, plusieurs tentative de manifestation des élèves était disperser par la police.

Le soir, le ministre de la communication, porte parole du gouvernement Hassan Sylla, annonçait à la télé-nationale ONRTV que les cours vont-être repris le mercredi 18 mars 2015.

Quelque instant plu-tard, une bande d’information marquée urgent à la télé-nationale annonce que les cours sont toujours suspendus jusqu’à nouvel ordre. Mais jusqu’à quand? Se demandent des élèves et étudiants sur les réseaux sociaux.

Joins par Jeunes Tchad, une source à N’djamena affirme que la marche arrière du gouvernement à la reprise de cours annoncée mercredi 18 mars 2015 est liée à la manifestation prévue en ce même jour à Paris en France par la diaspora tchadienne, devant l’ambassade du Tchad contre les violences policières de ces derniers jours à N’djamena. Les autorités tchadiennes craignent tout attroupement des élèves ou d’étudiants qui risque selon eux de reprendre la manifestation de plus belle insiste la source.

Rappelons qu’aucune solution n’a été présenté par le gouvernement ni sur le port obligatoire de casque moins encore aux revendications des élèves, étudiants et enseignants qui exigent la suspension momentanée de l’arrêté exigeant le port des casques, le retrait des forces de l’ordre des locaux et proximité des établissements scolaires et le départ du ministre de l’ Administration du territoire et de la Sécurité publique et aussi  la «tête» du directeur général de la Police nationale, Tahir Erda.

Ce dernier, général de division, a été élevé au rang et appellation de « général de corps d’armée », selon un décret présidentiel publié vendredi.

Cette promotion de l’ancien chef de la garde présidentielle irrite davantage l’opinion nationale, déjà choquée par les propos du ministre de l’Administration du territoire et de la Sécurité publique qui, sur les antennes de la radio publique, avait salué les forces de sécurité comme « des agents biens formés et dévoués dans leur service ».

Il est claire qu’avec ce comportement, le gouvernement lance un défi aux élèves et étudiants et ainsi qu’à la société civile son intransigeance à maintenir par la force et unilatéralement sa politique et ses décisions.

Quant à l’arrestation des policiers responsables des tortures des élèves, ce n’est que de la poudre au yeux pour calmer les esprits quand les donneurs des ordres se voient offrir une promotion.

Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Activiste politique