Djarma Acheikh Ahmat Attidjani

Le procès Habré : un événement historique parmi tant d’autres

Le lundi 20 juillet c’est ouvert le procès historique de l’ancien président tchadien Hissène Habré à Dakar. L’ancien président est jugé par les Chambres africaines extraordinaires (CAE) pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et actes de torture. Au premier jour de son procès qui s’est déroulé dans un climat tendu, Habré a comparu de force. Il a traité les magistrats des CAE de traîtres et a refusé de parler. Après des échauffourées, le procès a été reporté au mardi 21 juillet. Les avocats de Habré ont décidé de boycotter l’audience à la demande de leur client. Le président des Chambres africaines extraordinaires d’assises a alors désigné trois avocats sénégalais pour l’assister. L’audience a été ajourné au 7 septembre pour permettre aux avocats commis d’office de prendre connaissance du dossier.

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Hissène  Habré («the quintessential desert warrior»), « Le guerrier du désert par excellence » ainsi était surnommé l’ancien président dictateur tchadien par la CIA. Il vivait en exil au Sénégal depuis sa chute en 1990.
Il lui est reproché la mort de 40 000 personne sous la répression de son régime entre 1982-1990.
Il doit être jugé pour « crimes contre l’humanité, crimes de guerre et crimes de torture». L’accusé  risque entre 30 ans de prison ferme et les travaux forcés à perpétuité. Il pourra purger sa peine au Sénégal ou dans un autre pays de l’Union africaine. Il ne sera pas gracié ni amnistié, sauf en cas d’amendement de l’Union africaine. Par ailleurs, une fois sa culpabilité établie, Habré ne peut faire appel que sur ses intérêts civils.

On l’appelait « le Lion », « Boss » pour les intimes était une personnalité sombre, un individu profondément cyclothymique et indiscutablement mégalomane, despotique au point de ne tolérer ni contradiction ni discussion. Il pouvait être tour à tour, souriant et affable, froid et impérieux, cynique et sarcastique, ou gonflé de rage. On dit qu’il a été un président impitoyable, un chef de guerre paranoïaque et un redoutable stratège. Bref, un fou meurtrier.

Pour bien comprendre cette partie sombre de l’histoire du Tchad je vous invite à voyager aux confins de l’histoire politique, des guerres et des conflits ethniques pré-coloniaux et post-coloniaux du Tchad. Comprendre les clivages ethniques et confessionnels et les enjeux culturels qui nous permettront d’aller bien au-delà d’un simple procès, mais aussi rectifier certains fausses idées reçues. Les événements politico-militaires et l’obsession sécuritaire du temps de ‘Habré ne sont que la partie visible de l’iceberg.

 

Le Tchad pré-colonial

Si aujourd’hui à tort ou à raison, les Tchadiens sont vus comme des machines de guerre, des personnes impulsives et avides de combat, c’est parce qu’ils ont été maintenus dans une grande ignorance. Ils ont été nourris de mensonges érigés en valeurs culturelles par le pouvoir politique.

Le Tchad est un assemblage de territoires. Avec l’arrivé de l’impérialiste français,trois grands empires le composent actuellement. Il s’agit de l’Empire du Ouaddai, l’Empire de Baguirmi et l’Empire du Kanem. Dans ces empires, les hommes sont soumis à une socialisation militaire permanente. Ces empires en guerre les uns contre les autres, menaient des razzias aux ethnies du Sud et du Nord – considérés comme des espaces non islamisé. Ils les capturaient, les vendaient ou   les employaient comme des esclaves. Les pratiques de l’esclavage étaient banalisées, considérées comme principal mode de création de richesse.

La guerre, le massacre au Tchad et la mentalité violente que l’on observe chez une catégorie des Tchadiens datent depuis le temps pré-colonial. La guerre obéissaient non seulement à une logique de conquête mais aussi d’humiliation. L’objectif n’était pas le pillage mais la défaite de l’armée ennemie et la confiscation des revenus de l’empire vaincu. Le Baguirmi et le Ouaddai s’affrontent dans une guerre de cent jusqu’au XIXe siècle.

Mais contrairement aux idées reçues, l’islam venu du Maroc et de la Cyrénaïque était prôné au Tchad par des peuples négro-africains. L’arabe devient une langue véhiculaire d’une part du fait de l’islam et d’autre part surtout du commerce des esclaves entre les empires et les marchants arabes venus du Maghreb et du Soudan. Cependant les ethnies ou sous-ethnies refusant l’islam sont combattues, chassées de l’empire, interdites d’alliance.  ils sont connus au nom de Hadads qui souvent sont des guerriers et fondateurs du royaume. Une diabolisation des Hadads qui s’est par le temps érigé en enseignement culturel et traditionnel assimiler souvent à des esclaves dans la société tchadienne (même actuel).
Aussi l’expression «nord-musulman» n’a aucune réalité concrète car le nord du Tchad caractérisé par le B.E.T a été pendant toute l’histoire le champs de razzia de l’empire du Ouaddai, du Kanem et de la Sanoussia une confrérie soufie en Cyrénaïque (actuel Libye) composé des tribus arabe allié des Ouaddaeins.

A l’aube de la colonisation, un autre marchant d’esclave s’impose dans la région. Rabah Fadhallah un aventuriste considéré a tord islamiste était en revanche chassé du Soudan par le célèbre révolutionnaire soudanais Abdallah Al-Mahdi, un chef politique religieux soufi qui a vaincu les colons Turcs et Britanniques pour libérer et accéder à la tête du Soudan.

La bataille de Kousséri dans laquelle Rabah trouva la mort a lieu entre les soldats français de différentes colonnes dirigé par le commandant Lamy  et renforcés par de supplétifs baguirmiens, et l’armée de Rabah. Cette victoire marque le début de la conquête colonial de l’actuel Tchad par la France.

 

Le Tchad post-colonial

Pendant que les Britanniques battaient de l’aile au Soudan, les colons français soutenus par les baguirmiens et les populations Sud, bien formés et mieux armés ont déchus à tour de rôle toutes les résistances. D’abord l’Empire du Ouaddai s’inspirant de la révolution soudanaise d’Al-Mahdi, est battue en 1909 provocant une vague migratoire massive vers le Darfour,puis le Dar-Sila, allant jusqu’au Nord au Senoussia, le Kamen, et le Baguirmi. Ainsi s’achève une épisode de l’histoire ravagé par des conquêtes et des razzia. Pour imposer des nouvelles formes de violence basant sur l’injustice, la ségrégation, le conflit d’intérêt, l’égoïsme, l’ignorance, le néocolonialisme, le terrorisme et autres formes ludiques que j’aborderai dans la seconde partie dans un prochain article… A suivre

Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Activiste politique, analyste indépendant

https://www.youtube.com/watch?v=dL2WqrjZN3E


Procès Habré: Habré serait-il lâché par son groupe ethnique?

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Enfin, le grand jour est arrivé! La personne en charge du pays, le Tchad, pendant la sombre période où plus de 40.000 Tchadiens ont été massacrés passe chez son coiffeur.

Il s’ouvre aujourd’hui 20 juillet le procès du Pinochet Tchadien Hissein Habré à Dakar. Hissein Habré dit HH le Lion ou le « douth » doit affronter son passé de «génocidaire» avec en face de lui quelques 4.000 survivants, victimes et témoins.

Rappelons que ce procès est une première sur le continent Africain et sera un procès historique pour toute l’Afrique. Il y a 25 ans environ, Habré avait été chassé par son ancien Lieutenant Idriss Deby qui est encore au pouvoir.

Durant le règne de Hissein Habré, il y avait une politique d’intimidation et de mise à mort systématique de toutes les voix discordantes et opposantes. Hissein Habré avait son service de renseignements et sa police politique nommés DDS qui était conçu sur le modèle de la GESTAPO sous Hitler. Cette police politique était infiltrée partout que même dans une famille de 3 membres, il y régnait un climat de méfiance. Car l’un était sûrement un agent de renseignement de cette DDS.

Selon certains témoins, rien ne se passait sans l’accord d’Hissein Habré qui passait personnellement au crible toutes les informations. Toutes les fiches d’arrestation passaient chez le lion Habré qui donnait son accord. Des documents prouvant ces informations avaient été justement retrouvés dans ce qui était les locaux de la DDS après le départ du Lion.

Pour ce procès, l’ancien Lion qui a trouvé refuge comme un vulgaire clochard depuis 25 ans et en prison au Sénégal a choisi le silence. Selon ses avocats, leur client ne s’exprimera pas volontairement. Il aurait même opté pour la facilité de ne pas se présenter au procès mais pour sa seconde option, il n’a pas trop de choix car même ligoté et sur son lit d’agonisant, il sera conduit de manière éhontée. L’orgueil du Lion n’est plus car, le Lion n’est plus le roi de la forêt. Il y a eu plus fort que lui et tout ce que l’on retiendra de lui, de son règne pendant 8 ans au Tchad sera les 40.000 morts et les 3 mois du procès.

Habré optant pour le silence, il y a lieu quand même de rappeler qu’il reste les gens de sa communauté ethnique qui le soutiennent. Ils le soutiennent parce qu’ils lui doivent beaucoup : Il est leur parent, héros, bienfaiteur et même dieu. Grâce à Habré, beaucoup de ses proches avaient bénéficié et profité de ses largesses. Certains refusent d’accepter qu’il n’est plus Président depuis 25 ans. On peut citer entre autre les sorties médiatiques de sa femme Raymonde Habré et certains sites et blogs qui peinent à faire signer des pétitions en sa faveur.

Une forte communication a commencé depuis quelques années sur les réseaux sociaux et un groupe de soutien a été créé avec comme siège Dakar et des tentacules aux USA, Canada, France et même au Tchad afin de dissuader les Tchadiens et surtout à avoir l’adhésion de certains jeunes qui n’ont pas connu cette sombre période de notre république.

Malheureusement, comme on le dit, quelque soit la durée de la nuit, le soleil apparaîtra. Dans le cas de figure, on dira que la nuit vient de se faire officielle sur Hissein Habré, le lion. Il doit affronter l’inévitable procès en attendant d’affronter la justice divine où de l’autre côté du réel, ne l’attendent pas que 4.000 personne mais 40.000 personnes.

En attendant, ce procès servira de leçon pour tous les criminels au pouvoir en Afrique et surtout à Idriss Deby qui selon les organisations de droit de l’homme aurait déjà à son actif 25.000 morts.

Ibangolo Maina
Activiste de droit de l’homme


Procès Habré : « Difficile de juger Habré sans juger Déby »

qualification_1422113492Alors que le procès de l’ancien président tchadien Hissène Habré devrait s’ouvrir ce lundi 20 juillet à Dakar, cet événement suscite beaucoup de réactions au sein de la classe politique africaine. Parmi eux, Acheickh Ibn-Oumar, ancien ministre des Affaires étrangères du président Habré entre 1989 1990. Exilé en France depuis le début des années 1990, cet opposant au président Idriss Déby se livre sur un procès qu’il juge incohérent. Une interview réalisée pour le Gri Gri International.

Hissene Habré n’est plus au pouvoir depuis 1990, le procès commence le 20 juillet prochain soit 25 ans après. Selon vous, pourquoi la procédure judiciaire a-t-elle mis autant d’années à s’enclencher?

Tout d’abord, il faut savoir qu’entre 1992, date où il y a eu le premier rapport de la commission d’enquête sur les crimes et les violations des droits de l’homme commis sous le règne d’Hissène Habré, et 2002, date de la première action des militants de droits de l’homme, donc pendant 10 ans, le président Idriss Deby s’est carrément assis sur le rapport de la commission d’enquête.

Donc j’estime que nous n’avions pas besoin de chambre africaine extraordinaire pour le faire.

Une commission d’enquête interne au Tchad avait, en 1992, fait un rapport interne définitif. Donc tous les éléments étaient déjà réunis dans les années 1990 pour clôturer cette sombre page de l’histoire.

Depuis 1990, Habré est installé au Sénégal au point où certains ont accusé les politiques sénégalais, et notamment le président Abdoulaye Wade, de complicité en ne le jugeant pas. Quel est votre avis ?

Il faut savoir qu’en 2002, ce n’est pas le Tchad qui a demandé un procès pour Hissène Habré, ce sont les activistes des droits de l’homme. Ils se sont rendus au Sénégal en reprochant au président Wade d’accueillir un tortionnaire alors que son pays est signataire de la convention internationale contre la torture.

Je pense que le président Abdoulaye Wade n’a pas tout fait pour accélérer la procédure.

D’ailleurs, il faisait ouvertement du chantage aux Européens, supputant que la justice sénégalaise n’était pas assez équipée pour organiser ce procès. Allant même jusqu’à réclamer à de nombreux bailleurs de fonds (Union européenne, UA, Tchad, Belgique, Pays-Bas, etc.) une somme de 27 millions d’euros pour construire un nouveau palais de justice et un hôtel afin d’accueillir les avocats et les victimes… c’était un peu fantaisiste.

Ce procès n’est-il pas un sujet sensible pour la présidence du Tchad ?

Votre collègue de RFI Laurent Correau, s’est rendu au Tchad pour faire un reportage sur l’affaire Habré et il a été expulsé manu militari à coups de gifles, au grand dam de l’ambassadeur de France qui n’a rien pu faire (ndlr le 23 juin dernier).

Donc évidemment que c’est un sujet sensible pour le président Déby.

Peut-on juger Habré sans juger Idriss Déby ?

Tous les tortionnaires de l’époque Habré ont été reconduits dans les mêmes fonctions par Idriss Deby. Selon moi, c’est difficile de juger Habré sans juger Idriss Deby. Hissène Habré n’a tué personne de ses propres mains.

Récemment, on a commencé à arrêter des responsables de la sécurité sous la présidence d’Habré et l’on peut penser que si Idriss Deby n’était pas au pouvoir, il aurait été arrêté, car il était au moins aussi responsable de crimes que ces personnes.

On a l’impression que, du fait de son statut de chef d’État, il aurait reçu certaines garanties de ne pas être arrêté.

Toutefois, le statut de l’immunité présidentielle a été affaibli ces derniers temps, on l’a vu récemment avec le président soudanais Omar el-Béchir et sa mésaventure en Afrique du Sud.

On parle de juger Habré, mais pourquoi le singulariser ?

On ne juge pas une personne, on juge des crimes et des actes. Donc si l’on parle des actes commis par Hissène Habré, certains l’ont été par Idriss Déby.

Il ne s’agit pas de défendre Habré, c’est juste une question d’équilibre. De même que les personnes qui ont combattu après son règne ont commis des actes de torture assimilables à des violations des droits de l’homme.

Donc, j’aurais préféré qu’on parle de juger des crimes de manière générale.

Pourquoi Habré n’a jamais mis en cause la complicité de Déby pour se défendre?

Ses avocats ont pris pour ligne de défense de ne pas se défendre. Prétextant que le procès est juridiquement illégal et que les chambres africaines qui doivent le juger n’ont pas de bases juridiques suffisantes, mais aussi que la justice sénégalaise n’est pas compétente. C’est pour cela que, Habré ne parle pas.

Justement, qu’attendez-vous du procès ?

Si ses avocats poursuivent sur cette ligne de défense, Habré va refuser d’y être et par conséquent, le clan Habré va boycotter le procès.

Le juge peut délivrer un mandat d’amener (ordre donné par un juge d’instruction aux forces de l’ordre afin que celles-ci conduisent immédiatement une personne mise en examen devant lui, y compris par la contrainte si celle-ci se révèle nécessaire est la monnaie par la force), mais comme le dit le proverbe africain « on peut forcer son cheval à venir au bord du ruisseau, on ne peut pas le forcer à boire » je pense que c’est à peu près ce schéma qui se dessine.

Kalidou SY

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Yedina : blog d’Acheikh Ibn-Oumar


«Les œuvres artistiques» d’Idriss Deby

deby2Dans quelques heurs s’ouvrira le procès historique pour le Tchad et l’Afrique, de l’ancien chef d’État tchadien Hissein Habré au Sénégal son pays d’exil. Il sera jugé à Dakar pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité mais peut-il y avoir une justice sans Idriss Deby à la barre?

Chapitre premier:  «Septembre Noir»

La Première Guerre civile qui à connue le  Tchad débute fin 1965 par une révolte contre le régime de François Tombalbaye, considéré comme représentatif de la domination politique des ethnies du sud du Tchad sur celles du nord et du centre, se termine par l’établissement en 1979 du Gouvernement d’union nationale et de transition, formé par différents groupes rebelles nordistes et présidé par Goukouni Wedeye.

Ainsi, Deby collabore avec Hissène Habré et entrent en rébellion contre Goukouni Oueddei après l’éclatement du Gouvernement national de transition (GUNT) formé cinq mois plus tôt. Habré nomme alors Déby commandant en chef des Forces armées du nord (FAN) et entre dans N’Djamena Déby à ses côtés poussant le président Goukouni Oueddei à s’exiler en Algérie.

Hissen Habré et Idriss Deby
Hissen Habré et Idriss Deby

Il est ensuite nommé conseiller d’Habré pour la défense et la sécurité, fonction à laquelle Deby mène une vaste campagne d’extermination des «sudistes» où il et Habré entretiennent une haine noire et féroce envers les populations du Sud.

Lire ::::::> Idriss Deby alias « Septembre Noir » : un « tueur invétéré » contre les  »Sudistes »

Aujourd’hui, Hissène Habré est détenu pendant un an au Sénégal son pays d’exil et serait jugé à Dakar pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité mais peut-il y avoir une justice sans Idriss Deby à la barre? Pourquoi avoir attendu 23 ans pour juger Hissein Habré? Pourquoi tant de victimes se taisent? L’arbre d’Habré cache t-elle encore des complices haut-placés? L’archive de la DDS ont-elles livrée tout leur secret? Pourquoi les associations des victimes choisissent-elles des avocats peu expérimenté? Faut-il renoncer à un procès sous prétexte qu’il serait imparfait? Pour quoi les chambres africaines extraordinaires ignorent-elles les victimes de septembre noir? Pourquoi tous les enquêtes s’arrêtent à N’Djamena? Une enquête réalisée par Justine Okimi (vidéo).

Rédaction de Jeunes Tchad


Tchad : un nouvel attentat sur un marché de Ndjamena

11692693_882335701860737_1282487022360367754_n« Nous allons défaire Boko Haram. Nous allons détruire Boko Haram. Nous allons gagner, non pas la bataille, mais nous allons gagner la guerre totale contre Boko Haram, il n’y a pas de doute. » D’un ton péremptoire martela le président tchadien Idriss Déby. Mais qui va défaire qui ? Au Tchad, un nouvel attentat, commis par un homme kamikaze déguisé en femme, a visé le marché central de la capitale, ce samedi matin 11 juillet, faisant de nombreuses victimes.

C’est devenu récurrent, et les Tchadiens doivent désormais s’y habituer. Selon les premières estimations, l’attentat a coûté la vie à 15 personnes et porte la signature de la province ouest-africaine de l’Etat islamique Boko Haram.

Cet attentat intervient quelques semaines après une première attaque qui a frappé le commissariat central et l’école de police, faisant 38 morts essentiellement des policiers et des gendarmes. Un autre attentat dans un quartier périphérique de Ndjamena a aussi été revendiqué par la branche ouest-africaine de l’Etat islamique.

Si les premiers attentats avaient visé le symbole de la République, cette fois-ci, c’est la population qui est clairement dans le collimateur. Pourtant dans un communiqué, avant son allégeance à l’organisation de l’Etat islamique, Boko Haram affirmait n’avoir jamais voulu attaquer le Tchad et condamnait son intervention militaire. « Nous disons aux Tchadiens que leur gouvernement les conduit dans un tunnel sombre avec son intervention dans nos terres, souligne le communiqué. Avant de poursuivre : notre ennemi est l’armée tchadienne qui est intervenue dans nos terres. Nous savons que l’armée tchadienne est habituée à la guerre par procuration. »

Pourquoi ce virement ? Doit-on comprendre que l’allégeance à l’État islamique oblige un réajustement de position et de stratégie ?

La réponse se trouve peut-être du côté des Tchadiens eux-mêmes et de leurs autorités. Il est consternant de voir la manière, dont les médias tchadiens et surtout les blogueurs et journalistes amateurs traitent un sujet aussi délicat. Il est une erreur de penser que les djihadistes sont des personnes cinglées et sans intelligence.
Si la population est désormais dans le collimateur des éléments de Boko Haram, c’est évidemment parce que cette même population a décidé de jouer à l’apprenti sorcier au service d’une police qui dévoile le moindre détail des opérations et les sources censées rester secrètes. Les policiers mettent ainsi en danger les informateurs et les témoins. Ces informations reprises en boucle par les amateurs de l’information sont des supports permettant aux djihadistes de choisir leurs prochaines cibles.

Les Tchadiens doivent s’attendre à des moments sombres et difficiles. La guerre vient d’être déclarée. Le champ de bataille sera les places publiques (les mosquées, les marchés, les écoles, les restaurants…

Connaissant le mode et le mobile opératoires des terroristes de Boko Haram, la fête du ramadan qui s’annonce risquera d’être une boucherie, si elle n’est pas déjà un deuil.

Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Activiste politique, analyste indépendant.


Terrorisme au Tchad: complot ou vérité?

Aboulanwar Djarma
Aboulanwar Djarma

Depuis l’intervention militaire forcenée du Tchad au Mali, qui ne répondait qu’a un seul objectif celui d’assouvir les ambitions effrénées d’un homme insatiable de m’as- tu- vu, les Tchadiens sont hantés par l’ombre du terrorisme qui pourrait se venger pour ses hommes traqués et tués par les soldats Tchadiens qui se sont fait remarqués par leur accrochages impétueux, qui ne connait pas de recule.

Considéré par tous comme l’œuvre d’abord des Tchadiens, le démentiellement de ceux qui ont semé la terreur et la désolation, dans cette région du Sahel, a placé le Tchad sur le phare des islamistes et leur pourvoyeurs du monde entier. Ils ne comprennent pas qu’un pays classé parmi les plus pauvres du monde s’offre le luxe de combattre un monstre sorti de plus complexe laboratoires des intelligences internationales. Tous les grands politiques, économiques, financiers et militaires du monde ont un pieds dedans un pieds dehors.

S’il y a parmi les occidentaux ceux qui ont applaudi le Tchad avec une main et le gratifié d’une dent sarcastique pour son étourderie , il y a à parier que tous, se disent mais; qu’est ce qu’il est venu faire celui là dans cette galère?

Deby qui ne regarde qu’avec un seul œil, a pris les mauves pour des rosiers, et le quinquina pour un manguier. C’est pourquoi après un calcul mal fait et encouragé par une presse internationale en mal de sensation, il s’est jeté sur le premier doigt de Paul Biya pour se fourvoyer au Cameroun et dans la foulée il mène des opérations au Nigéria contre Boko Haram, cette fois contre la nébuleuse qu’il est sensé bien connaitre.

Deby a peut être oublié qu’il a fait la médiation entre cette formation des égorgeurs assoiffés de sang et le gouvernement Nigérian? Il avait même jubilé annonçant la conclusion d’un accord qui est repris en chœur par son amis Hollande .Pourquoi alors ne pas utiliser cette même filière complice pour résoudre se qu’il a qualifié des menaces sur les importations Tchadiennes? A-t-il résolut depuis lors les équations qui ont déterminé l’intervention de troupes Tchadiennes au delà de nos frontière? Le résultat est là: les pleures les douleurs et les deuils. D’ailleurs le contraire serait un miracle, l’ampleur de dégât de cette navigation à vu était prévisible.

Aussi, s’il est claire pour tous, que le cinglé de Boubakar Shikaw avait proféré de menaces contre le Tchad, la main de B.H dans les tourments odieux que connaissent les tchadiens depuis le 15 juin, ne pas aussi visible que veut le faire croire le gouvernement Tchadien.

La grossièreté des informations contradictoires véhiculées par les autorités tchadiennes sans le moindre gant, laissent pantois, et ouvre la voie à toutes les incrédulités possibles. La crédibilité d’une information dépend du sérieux du respect et de la confiance qu’on vis à vis de celui qui la livre.( Je doute que ça soit le point fort de nos gouvernants). Tous les scénarios livrés jusqu’à là par les autorités Tchadiennes soulèvent des zones d’ombre caractéristique du système qui gère le pays. Évidemment les mesures qui ont suivi ces douloureux événements ont discrédité totalement les autorités mettant à nu les intentions inavouées de la dictature.

Si déjà la tête du mariée est en friche avant qu’elle ne soit veuve, qu’allait-elle faire de ses cheveux lorsqu’elle aura perdu son mari? Haaa!

Bientôt les Kemnelou, Massalbaye, Ibedou, Maky, Gali, Ngarledji, Kebzabo et autres activistes seront classés Boko Haram.

La société civile et la presse déjà en sursis, seront d’avantage traquées, muselées et mises à genoux. Et tout cela à cause d’une méchante peur qui torture et ronge les entrailles de notre dictateur national, depuis que les tchadiens ont décidé de ne pas le voir candidat en 2016.

Mais si on accréditait la thèse du gouvernement d’un pourcentage minime soit-il, et que le Tchad soit réellement en face du terrorisme internationale de l’E.I auquel est affilié Boko Haram, alors , nous devons nous rendre à l’évidence, que le système MPS tel qu’il est, serait incapable de juguler des actions qui seront menées sous la bannière noire de L’E.I. Un état qui vivote dans l’informel comme le notre ne peut pas réussir là où, ceux qui sont dotés des moyens le plus sophistiqués du monde continuent à patauger.

Dans ce cas, il faut repenser entièrement les structures de l’Etat, revoir la copie de la gouvernance, et obtenir à défaut d’une véritable réconciliation nationale un front national qui mettra fin aux errements actuels, sources de gabegie, de corruption, de détournement et destruction systématique de l’espoir même du peuple Tchadien .

De telles mesures permettront de souder les rangs et de contribuer à la cohésion nationale seul moyen de faire face aux épreuves chaotiques qui mettent en danger l’existence du pays.

L’ indispensable coopération sécuritaire internationale au sens large du terme, est nécessaire pour se faire accepter dans le cercle et les coulisses des services déjà engagés dans la lutte anti-terroriste, imposent une crédibilité du système politique, et des cadres compétents reconnus pour leur probité.

Les lois envisagées et adoptées à la hâte pompeusement qualifiées d’anti-terroristes , ne sont que des textes liberticides pour assoir d’avantage la torpille dictatoriale.

Ailleurs ces lois sont faites pour permettre à la justice de traiter dans la dextérité, les dossiers et les contrevenants. Le respect de la constitution demeure le point focale autour duquel la société est bâtie. Malheureusement dans notre pays, la constitution, les lois, les structures et les institutions se résument en la personne du Général Sultan Idris Deby.

Heureusement pour le Tchad, le terrorisme ne peut pas s’implanter. Il est étranger à notre société sur tout le plan et à tout point de vue . La culture d’égorger , d’éventrer, de s’imposer pour tuer des innocents en masse, résulte il est vrai parfois, de la frustration, de l’injustice de l’oppression et de désespoir; sujets qui ne manquent pas dans notre pays. Mais il est aussi prouvé que sans le soutien d’une doctrine extrémiste, une structure idéologique et organisationnelle, une source de financement obscure soit-elle, et une complicité évidente, les actes terroristes sont inenvisageables.

Malgré l’apparence, la culture non violente des tchadiens, leur amabilité, leur capacité de pardonner et leur esprit de tolérance sont légendaires, et demeureront pour longtemps un véritable rideau de ferre devant la fulgurance de la folie meurtrière.

Qu’il soient des événements douloureux nés de la guerre civile de 12 Février 1978, ou encor les multiples affrontements entre les différentes tendances politico-militaires entre elles, et où avec les différents régimes, tous se sont dépassés sans rancune, sans haine, sans un esprit de vengeance.

Nul part qu’au Tchad vous trouverez deux armées qui s’affrontent aux armes de tous les calibres, où il peut y avoir des morts et des blessés; mais aussitôt que les armes se taisent, les blessés sont soignés de part et d’autres et les prisonniers auront le choix de se joindre à la rébellion ou de regagner leurs unités. Vous ne trouverez aucune trace des tortures physiques sur un prisonnier entre Tchadien. Ils est vrais notre histoire a retenu deux ou trois individus cruels connus de tous, mais ils constituent un cas psychique particulier.

C’est aussi la particularité dans l’éducation des tchadiens qui a fait que malgré tout se qui se passe en Syrie en Irak en Libye et ailleurs, vous ne trouverez pas des tchadiens dans cette aventure macabre, et ce, malgré les milliers des anciens combattants qui peuplent la diaspora; ou encor ceux don le MPS a jeté comme de mal propres qui rasent les mures des villes et des villages. Seuls deux ou trois tchadiens sont identifiés en Syrie, don un serait tué. Et si on a soupçonné à un moment la présence des tchadiens en Libye, cela ne peut être que le fait de deal entre Kadhafi et Deby.

Par contre s’il est prouvé que des Tchadiens opèrent avec B.H. au Nigeria, alors il faut le prendre au sérieux. Lorsqu’on se frotte avec les lépreux on le devient.

Autrement dit, s’il y a un jour des terroristes au Tchad, ils ne peuvent être que des étrangers; et dans ce cas il leur sera impossible de se dissimuler dans la masse . La structure sociale dans notre pays est une structure ouverte. Tout le monde connait tout le monde, les portes des maisons ne sont jamais fermées  toute la journée. Le passage de voisins d’un domicile à un autre se fait sans autorisation aucune.

Le seul pays ou le visiteur entre dans une concession quand il veut, et sans frapper à la porte.

La dernière chose à craindre c’est que le système se sachant honni par le peuple, serait tenter de jouer à l’apprenti sorcier dans une forme de terrorisme d’Etat.. Dans ce cas, il se fera très vite brulé les doigts; tant la vigilance est de rigueur, et la conscience nationale a l’air de finir sa récréation.

Aboulanwar Mahamat Djarma Khatre
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Mahamat Djarma Khatir (1943), homme politique tchadien également appelé Sheikh Aboulanwar, ancien maire de Fort-Lamy et membre du front de libération nationale du Tchad, s’est engagé par la suite dans la rébellion armée tchadienne dans le but de renverser Idriss Déby. Il a également été enseignant, écrivain et poète.

 


La valeur islamo-juridique des pièces de l’Etat islamique

Le groupe terroriste Etat islamique a mis en circulation sa propre monnaie, le « dinar islamique ». Les premières photos de cette monnaie ont été diffusées sur Twitter. On ne voit aucun billet mais des pièces en or, en argent et en bronze, sur lesquelles figurent les inscriptions «Etat islamique» et «Califat», ainsi que le poids et la valeur de la monnaie.
L’organisation explique dans un document publié sur Internet que l’objectif est de remplacer «le système monétaire tyrannique imposé aux musulmans, qui a conduit à leur oppression». Il est également précisé que l’objectif est de les libérer du «mercantilisme et de l’oppression économique satanique qui a été imposée».

Dans ce document, qui est censé expliquer cette démarche, les djihadistes se présentent en victime. Face à cette propagande de l’Etat islamique, les médias mainstream ont joué  le jeu à la perfection. Les médias francophones, arabophones et anglophones ont tous proposé leur analyse dans la direction qui leurs a été tracée par l’Etat islamique.

Certes, un État doit avoir sa propre monnaie. C’est un signal fort pour affirmer sa légitimité et sa souveraineté en tant qu’État et prouver à ses ennemis qu’il est là pour rester et même pour conquérir le monde. Cette figure apparaît sur de ces pièces.

Mais le fait de choisir des pièces de métal pour monnaie et non des billets de banque revêt une autre signification bien plus complexe encore.

Il faut comprendre que l’Etat islamique est une organisation islamiste djihadiste qui à pour but de rétablir le Califat. Cette organisation se fonde sur une pensée, une idéologie vaste et complexe: le salafisme. Ce dernier œuvre pour le retour à la culture et l’habitude islamique des premiers temps de l’islam. Il est fondé sur une interprétation littéraliste et rigoureuse des textes.
Donc, tous ses faits et gestes doivent trouver une explication dans l’islam. Mais en vérité, ses membres n’appliquent que des théories et interprétations qui correspondent le mieux à leur fanatisme religieux.

Pourquoi choisir l’or, l’argent et le cuivre?

Le choix de ces matériaux n’est en réalité pas anodin. Et il est loin de la simple volonté d’affirmer une quelconque puissance. La raison principale se trouve dans la conception salafiste de ce que l’on appelle aujourd’hui la «finance islamique».

Dans la finance islamique, qui est fondée sur la loi islamique, l’intérêt est formellement interdit : Ô les croyants! Craignez Allah; et renoncez au reliquat de l’intérêt usuraire, si vous êtes croyants. sourate 2, Verset:278

Cependant, la finance islamique se distingue des pratiques financières conventionnelles par une conception toute différente de la valeur du capital, de la monnaie et du travail.
Cette différence est plus souvent difficile à cerner pour les habitués du système conventionnel car elle ne se limite pas à la théorie en soi mais s’étend aussi à toute une philosophie de vie.

Dans le système communément reconnu et appliqué, la monnaie exerce trois fonctions : elle est unité de compte, réserve de valeur et intermédiaire des échanges. En revanche, dans le système islamique et selon l’idéologie salafiste, un billet de banque ne peut être une réserve de valeur (مخزن للقيمة), car le billet en papier n’a pas plus de valeur que ce que lui accorde le droit juridique et constitutionnel. Les salafistes appellent en revanche au retour aux matières précieuses en tant que références et à la matérialisation des supports monétaires.
Pour eux, la monnaie  doit avoir une valeur intrinsèque. Et quiconque utilise du papier en tant que monnaie, et lui assigne une valeur fictive (aussi faible soit-elle), tente ainsi de créer de la richesse à partir de rien. Cette pratique est frauduleuse : c’est de la riba (intérêt).

Pour justifier cette théorie, les membres de l’Etat islamique s’accordent sur une série de hadiths, dans lesquel Dieu a mis à disposition de l’homme l’or et l’argent comme seuls véritables instruments monétaires. En ce sens, ils constituent les seuls intermédiaires d’échanges de biens et de services et la seule réserve de valeur. Cette parole du prophète a été pendant des siècles sujet de débat et chaque école va de son interprétation.

«De l’or contre de l’or, de l’argent contre de l’argent, du blé contre du blé, de l’orge contre de l’orge, des dattes sèches contre des dattes sèches, du sel contre du sel : quantité égale contre quantité égale, main à main. Celui qui donne un surplus ou prend un surplus tombe dans l’intérêt, le receveur et le donneur en étant similairement (tous deux) coupables. »

Depuis la suppression de toute référence aux matières précieuses, les partisans musulmans de la théorie de matérialisation monétaire se trouvent obligés d’appliquer un «système monétaire tyrannique qui [leur] est imposé».

planche-monnaie
Avec la décision de frapper sa propre monnaie métallique, l’Etat islamique n’entend pas  seulement combattre l’Occident mais veut aussi fasciner le monde à sa façon, en réalisant les fantasmes fanatiques les plus fous. Reste à savoir comment il compte concrétiser un tel projet et éviter les méandres du système financier mondial.

Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Étudiant en éco, passionné des études islamiques


Sauver l’Islam de l’islamisme

A Dacca comme à Chittagong, deuxième ville du Bangladesh, je constate qu’il est nécessaire de mettre en place un réseau des intellectuels et des artistes musulmans libéraux pour défendre nos pays contre la déferlante wahhabite salafiste. Celle-ci est en train de transformer l’islam et de conduire ses peuples vers le pire, vers la régression, l’obscurantisme, la fermeture, le fanatisme.

Il est étonnant de découvrir combien les problèmes sont les mêmes du Maroc à ces contrées de l’Asie du Sud. Toute l’horizontale qui oblique vers les tropiques à laquelle nous appartenons est contaminée, elle chancelle vers une uniformisation dévastatrice.

Et cette situation n’est pas le fruit du hasard, elle est le résultat d’une politique raisonnée, qui a montré sa cohérence, sa rigueur, son souffle. Elle produit des effets qui transforment le réel, après une action inscrite dans la durée entamée à la suite du premier choc pétrolier de 1974. Choc qui déversa sur l’Arabie saoudite la manne pétrolière dont une partie a été méthodiquement utilisée en faveur de la propagation de la foi wahhabite de par le monde.

A partir de ce moment, l’islam n’a cessé de changer de l’Indonésie à l’Occident maghrébin. Il est en train de subir une uniformisation et une universalisation du culte à la manière wahhabite simplificatrice, excluant la complexité théologique pour favoriser la constance de la pratique, sous l’égide du Dieu un transformé en un être exclusif, dépouillé de toute médiation. Au point qu’on aboutit à l’adoration d’une idole menaçante, tyrannique, d’autant plus redoutable qu’elle demeure absente, inaccessible, irreprésentable en son immanence même. Telle conception réduit le Dieu à une sentinelle tatillonne, vous surveillant en chacun de vos gestes pour savoir s’ils sont conformes à la norme ou s’ils la transgressent.

Pour lutter contre ce péril, s’il n’est pas trop tard, il nous faut agir sur les quatre points qui ont été la cible préférée des wahhabites.

D’abord l’islam vernaculaire, celui qui tourne autour du culte des saints, qui récupère le fonds dionysiaque et tragique, c’est-à-dire qui prend au sérieux la scène qui active la catharsis, la purge par laquelle est évacué l’excédent dont la charge pèse sur les âmes des individus et de la communauté qu’ils constituent. Or cette scène vernaculaire récupère des matériaux qui proviennent de l’ère préislamique.

L’origine de cette matière remonte loin dans le temps ; elle actualise avec verve l’ancien, l’antique, qui, au Bangladesh, est indien ; elle se connecte avec des vestiges hindouistes, bouddhiques, qui donnent une forme de solidarité entre le ‘âlim (« savant ») et le pandit, entre le soufi (« mystique ») et le yogi. Comme il en est en Tunisie du fonds appartenant à la Méditerranée, à la berbérité, à la judéité, à la latinité, à l’Afrique subsaharienne, tant d’éléments ancestraux qui interfèrent, s’entrecroisent, se tissent pour être encadrés par la croyance islamique.

Ensuite, le deuxième point concerne l’approche doctrinale et la procédure juridique telle qu’elle a été adaptée et articulée à l’horizon du droit positif. C’est pour étouffer ces particularismes que la vague wahhabite voudrait submerger la mémoire hanafite [tendance libérale et rationaliste de l’islam] au Bangladesh et la mémoire malékite [de l’imam Malik ibn Anas (711-795), théologien et législateur qui vécut à Médine] au Maghreb.

Or ces mémoires, nonobstant leur carence opérationnelle, portent en elles une complexité et une propension au débat que ne supporte pas la schématisation wahhabite qui concentre son énergie sur l’orthopraxie au détriment de quelque autre questionnement.

Puis, j’en viens au troisième point, celui qui réclame le retour au fonds théologique et soufi impliquant la spéculation et l’interrogation. Pour revivifier un tel fonds, il faut au préalable dépasser aussi bien l’adhésion à l’un des quatre rites sunnites que le clivage sunnites/chiites. Il convient aussi de s’affranchir de la contrainte de l’ijmâ‘, du consensus qui a figé l’édifice constitué par la tradition ; et renouer avec l’ikhtilâf, le désaccord entre oulémas. Celui-ci crée la polyphonie, ouvre grandes les portes de l’ijtihâd, cet effort d’interprétation qui suscite la controverse et maintient vive la diversité des opinions, ce qui relativise l’accès à la vérité. Ce mot-clé, l’ikhtilâf, rayonne dans le livre juridique du cadi philosophe Ibn Rushd (Averroès 1126-1198), dont le titre peut être traduit ainsi : « Ici commence celui qui fait effort d’interprétation, là finit celui qui en fait l’économie. »

A ce stade, il est aussi impératif d’élargir le domaine de nos références en puisant dans les corpus philosophique et poétique qui ont été consignés pendant des siècles par le truchement des grandes langues d’islam, surtout l’arabe et le persan. Car nous trouvons à travers les saillies de ces textes les prémices, les annonces, les signes avant-coureurs des leçons libérales qui répondent d’une manière efficiente aux problèmes d’aujourd’hui. On peut, par exemple, combler avec elles notre déficience à penser la question de l’altérité.

Au Bangladesh, il existe un problème dans le rapport du musulman avec l’autre, bouddhiste. Les actualités ne manquent pas de nous rapporter l’investissement de sites bouddhistes par des bandes salafistes qui brûlent les temples et détruisent ou décapitent les statues de Bouddha.

Tel fut le cas récemment, le 29 septembre, dans la ville de Ramu et les villages alentour, près de Cox’s Bazar, sur le golfe du Bengale. Onze temples en bois ont été réduits en cendres, dont deux vieux de trois siècles. Et ces violences se sont propagées à Patria, plus près de Chittagong, où la présence bouddhiste est relativement dense.

Puis est venu le tour d’Ukhia, de Teknaf, toujours dans le sud-est du pays, non loin de la frontière birmane.

L’atteinte à l’harmonie entre communautés a blessé ici bien des individus appartenant au milieu des musulmans libéraux. Ce déni de l’altérité bouddhiste a suscité un poème de protestation qui redonne gloire au Bouddha écrit par Kaiser Haq, un des poètes que j’ai rencontrés à Dacca. Lors d’une séance de lecture publique, j’ai rappelé nombre d’évocations bouddhistes dans la tradition islamique chez des auteurs médiévaux.

Tous ces auteurs du Xe et du XIe siècle se révèlent autrement plus ouverts à l’altérité, plus curieux de l’autre, plus aptes à entendre la différence, plus pertinents à saisir le fonctionnement de la croyance étrangère, en la singularité de ses rites et de ses représentations que nos contemporains salafistes wahhabites qui veulent nous imposer leur vision fanatique et exclusive. Après un tel rappel, la lecture du poème de Kaiser Haq a acquis une franche évidence qui a renforcé la conviction des auditeurs présents à travers la diversité de leurs opinions.

Enfin, j’en arrive au dernier point, celui qui recommande l’articulation de notre discours à la pensée moderne et postmoderne telle qu’elle s’est exprimée depuis le XVIIIe siècle, depuis Rousseau et Kant jusqu’à Karl Popper et Jacques Derrida en passant par John Stuart Mill et tant d’autres, celle qui prône l’ouverture et la liberté, qui use de l’arme de la critique et de la déconstruction d’un héritage qui ne vaut que lorsqu’il continue d’être porté comme trace interrogée avec constance.

L’assimilation d’une telle pensée nous restitue aussi à la complexité et nous réoriente vers l’interrogation, elle nous détourne des réponses toutes faites. Telles sont les conditions qui nous conduisent sur la voie de la liberté et de la reconnaissance de celui qui ne partage ni vos convictions ni votre croyance.

En honorant ces quatre points (honnis par les salafistes), nous serons en mesure de construire un discours alternatif destiné à contrer le propos wahhabite, à le réfuter et à en refuser le projet. Il s’agit d’un « contre-discours », selon le mot utilisé par un penseur bangladais, le professeur Imtiaz Ahmed, avec qui j’ai participé à une conversation publique au Senate Hall de l’université de Dacca devant un public varié et attentif composé aussi bien de séculiers que d’islamistes bon teint comme d’autres d’apparence salafiste. Et la discussion avec le public qui a suivi nos interventions et notre échange a été constructive, cordiale.

Après cette séance, des jalons ont été posés pour avancer vers le tracé de cette voie alternative sur laquelle devrait cheminer le produit de nos échanges qui pourraient être facilités par la constitution d’un réseau qui tisserait la toile des libéraux musulmans, d’Indonésie au Maghreb, comme partout dans le monde, et les encourager à s’organiser pour ne pas que leurs pays soient une proie facile entre les griffes islamistes.

Abdelwahab Meddeb, écrivain et poète
Lemonde

 


Tout attentat terroriste n’est pas forcement l’œuvre des islamistes

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Prés de deux semaines après l’attentat du 15  juin qui a frappé la capitale tchadienne N’Djamena, l’acte n’a toujours pas été revendiqué. Les autorités accusent la secte islamiste nigériane Boko-Haram, mais ne présente aucune preuve pour soutenir ses accusations.


Controverses, incohérences, agitation et brutalité sont employées par les autorités tchadiennes qui cherchent toujours les responsables des attentats du 15 juin. Une violence qui laisse planer le doute non seulement sur la version des faits avancé par le gouvernement mais aussi sur ceux qui pourraient bien être derrière cet attentat.

Qui se cache véritablement derrière cette attaque ? Qui sont les vrais responsables ? Quel était leur principal mobile ? Autant des questions que se posent de plus en plus les Tchadiens, car les explications du gouvernement ne convainquent plus personne. Pour tout observateur avisé de la scène politique au Tchad, deux hypothèses sont plausibles.

Un attentat perpétré par Boko-Haram

Si l’attentat n’a pas encore été revendiqué par la secte islamiste, tous les regards se tournent vers elle car à maintes reprise, son leader Aboubakar Shekhou avait menacé le président Deby des représailles. Le Tchad fait l’objet de menaces depuis sa participation militaire dans une coalition régionale en première ligne au Nigéria dans la lutte contre le terrorisme.

La proximité entre la capitale tchadienne et les régions du lac-Tchad dans lesquelles sévit le groupe islamiste laisse croire à des infiltrations ou à la réactivation des cellules dormantes.

Cependant, le comportement de nos autorités a été plus suspect que le silence des islamistes. Sans attente, un comité de crise a été constitué en urgence pour gérer la situation. Mais paradoxalement, il n’a fait qu’attiser la frustration et la colère des Tchadiens, indignés par ses décisions drastiques et inappropriées prises pour lutter contre le terrorisme ou plutôt faire plaisir à Deby et sa famille.

Il est strictement interdit de porter la burqa, de turban ou tout autre système où on ne voit que les yeux, avait annoncé le première ministre tchadien à la télévision nationale. On apprend ainsi que même les casques moto sont interdits. Pourtant selon le rapport de police et les image vidéos [flous] diffusées, les trois auteurs de cet attentat ne portaient ni burqa, ni turban, moins encore de casque. Ils étaient mal-habillés, en pantalon et chemise et trébuchaient, ce qui laisse croire qu’ils étaient sous  emprise des stupéfiants. Donc, qui vise-t-on avec ces décisions? Serait-on en train d’accuser une communauté particulière ? Si le fait d’interdire le turban est une façon de prévenir ou d’éviter un attentat terroriste, que dirait-on du grand Boubou, de Djalabia ou de Kaptani ? Ne sont-ils pas des habits susceptibles de cacher des bombes et des armes ? Ou nos forces de défense et de sécurité ont-elles désormais le don d’identifier un terroriste par un simple regard direct dans les yeux ?

Il est aussi interdit la navigation des pirogues et la pêche sur la portion du fleuve entre Gassi, la sortie sud-est de N’Djaména, et Karkandjiri. Cette mesure en revanche ne vise qu’à sécuriser la présidence avant tout. Car l’attentat du commissariat central n’était qu’a 50 mètres à peine de la présidence. Et il faut avoir des complices bien placés pour commettre une telle opération dans le  quartier le plus sécurisé de toute la ville. S’il faut assurer la sécurité du Général Deby, qu’en est-il du reste de la capitale et des provinces ? On sait aussi la haine des djihadistes envers les Occidentaux. Pourquoi laisser l’ambassade de France et s’attaquer à une école de police ?

Dans la déclaration du première ministre toujours, au nombre des mesures figurent le changement des cartes d’identité nationale et des passeports en cours. Une décision qui relève de l’escroquerie selon beaucoup des Tchadiens et a provoquée un tollé de mécontentement sur les réseaux sociaux.
Quel est le lien entre les pièces d’identités et l’attentat-suicide? Doit-on comprendre de cela que les terroristes se sont munis des pièces d’identités tchadiennes pour s’introduire dans la capitale? Et qu’est ce qui prouve qu’ils sont des étrangers? A-t-on la preuve qu’ils ne sont pas des Tchadiens ?

Et pourtant, depuis 24 ans, qui contrôle le renseignement et délivre les pièces d’identité ? Ismaël Chaibo, Hassan Borgo, Ramadan Erdoubou, soit des proches darfouri  d’Idriss Deby. Sur quoi les autorités tchadiennes se baseront-elles  pour déterminer qui est Tchadien et qui ne l’est pas ? Celui qui est muni d’un passeport doit être muni d’une carte nationale et doit aussi avoir un certificat d’acte de naissance. Mais si le passeport actuel est facilement falsifiable, rien ne dit que le prochain ne le sera pas. Et si c’était une façon de remplir les poches d’un certain Bedey ?

Une vengeance Zakhawa

Si ce n’est pas Boko-Haram, c’est Zakhawa. Ainsi s’accordent à dire les Tchadiens aujourd’hui. Mais si beaucoup n’arrivent pas à expliquer cette hypothèse persistante, c’est parce qu’ils regardent dans la mauvaise direction.

Tout remonte au  27 Avril 2015, lorsque les milices pro-Khartoum avaient décimés le principal mouvement rebelle du Darfour, le Mouvement pour la Justice et l’égalité (MJE) composé essentiellement des parents de Deby dont il fut le parrain avant la normalisation des relations entre N’Djamena et Khartoum en 2009.

La bataille qui a eu lieu dans la région de Goz Dongo au sud du Darfour entre les milices appartenant au service de renseignement soudanais composée de 4.000 éléments ont tenu une embuscade aux 1.100 combattants du MJE. Au moins 400 rebelles ont été tués dans cette embuscade et d’importants stocks d’armes, de munitions et 250 véhicules lourdement armée avaient été saisis. Une victoire qui a conduit le président soudanais Oumar El-Bechir à aller sur les lieux pour savourer la victoire. Lui, qui n’encaisse que des défaites et des fuites sur tout les fronts.

Après cette défaite cuisante, les leaders politiques du MJE ont accusé Idriss Deby de les avoir vendus aux Djelaba [arabe] et d’avoir trahi la cause de la communauté Zakhawa du Soudan ainsi que du Tchad.
Une trahison qui ne restera pas impunie d’autant que le mouvement a perdu l’essentiel de son aile militaire.

Pour ceux qui connaissent la mentalité de cette communauté et leurs pouvoir de faire courber et de décider de la politique au Tchad, on est amené à croire que l’attentat de N’Djamena n’émane pas de Boko-Haram mais plutôt d’une tentative d’envoyer un message fort au pouvoir qui est restreint à la seule famille Deby.

En attendant une revendication de Boko Haram, la seconde hypothèse est la plus privilégiée.
Quant à l’expulsion forcée du journaliste de RFI, Laurent Correau, c’est une autre histoire. Je reviendrai dessus…

Djarma Acheikh Ahmat Attidjani (Activiste politique, mondoblogueur)


L’armée nigériane dément les frappes aériennes mené par le Tchad sur son sol

ComissaireEn représailles aux deux attentats suicides qui ont secoué la capitale tchadienne N’Djamena le 15 juin  faisant au moins de 27 morts et de centaine de blessé, les autorités tchadiennes accusent la secte islamiste Boko Haram. Sans attente, l’attentat qui n’a pas encore été revendiqué, l’armée tchadienne a annoncée d’avoir mener plusieurs frappes aériennes contre des bases du groupe islamiste au Nigeria en représailles.

Des raids aériens ont été menés contre six bases islamistes, causant de lourdes pertes et d’importants dégâts, précise un communiqué de l’armée tchadienne diffusé tard mercredi soir. «Nos forces de défense et de sécurité traqueront sans merci ces terroristes sans foi ni loi pour que le sang des Tchadiens versé ne reste pas impuni», précise le communiqué du porte-parole de l’armée tchadienne, le colonel Azem Bermendoa.

Une annonce très vite démentie par l’armée nigériane par son porte parole. «L’annonce selon laquelle l’armée tchadienne a conduit des  frappes aériennes contre six camps de terroristes au Nigeria est  inexacte», a déclaré le général Chris Olukolade.

Un démenti publier aussi sur le compte twitter de l’armée nigériane.

Une autre information vient discréditer l’annonce des autorités tchadiennes. Car des  combattants de Boko Haram ont attaqué deux villages dans le sud  du Niger, tuant 38 civils, pour la plupart des femmes et des  enfants, et ont incendié plus de 100 maisons, a annoncé le  gouvernement nigérien dans les heurs qui ont suivi l’annonce de N’Djamena. Les assaillants ont investi les deux villages situés dans la  région de Gueskerou, sur les rives de la rivière Komadougou qui  sépare le Niger du Nigeria, ont dit des responsables  sécuritaires à l »agence Reuters.

Jeunes Tchad