Tchad: une monnaie pour un État en délinquance

« Nous avons la possibilité de frapper notre monnaie comme nous voulons. Le Franc CFA aujourd’hui c’est du papier. En deux ans, ça devient du chiffon, on peut même pas l’utiliser » avait martelé le president tchadien Idriss Deby lors d’une conférence de presse à l’occasion du 55ème anniversaire d’indépendance du Tchad le 11 août 2015.

Les sorties hasardeuses et scandaleuses du president tchadien ces derniers mois nous rappellent les aveux de Ben Ali, de Moubarack ou encre de Gaddafi à l’aube de leur chute. Ce sont des discours aux abois, les signes avant-coureurs d’un fin de règne.

Arrivé au pouvoir par les armes en décembre 1990, Idriss Deby a su faire face à tous les tentatives visant le renverser du pouvoir (rébellion, tentative de coup d’État, tentative d’empoissonnement, etc.) Mais ce que Deby et les ténors de son régime ne comprennent pas, c’est que la menace n’est forcement pas que de l’extérieur. Elle peut provenir du soi-même.

Tous ceux qui s’intéressent un tant soit peu à la politique au Tchad et aux événements intérieurs savent que la chute de ce régime tant attendu ne tardera pas à se produire. Il est temps que la classe politique tchadienne pense plutôt à l’après Deby que de commenter les mensonges et les discours controversés d’un president en manque de repère.

La grande réalisation de Deby depuis presque 25 ans au pouvoir, c’est d’avoir rendu le Tchad un État voyou. Et le contraire aurait été un miracle. L’État est devenu incapable de remplir ses fonctions régaliennes les plus basiques.
Deby et son régime ont réduit le Tchad à un État en déliquescence, un État défaillant incapable de se soutenir lui-même (paiement des fonctionnaires, sécurité, etc…) et de se développer par lui-même sans être dépendant d’une quelconque aide internationale.

La privatisation de l’offre de biens publics par la famille et proche du president sans véritable contrôle étatique effectif, a transformé l’État Tchadien d’un fournisseur de biens publics à un prédateur de ces biens, versant le peu de biens public qu’est en mesure de fournir le gouvernement, à la base soutenant le régime, pris au reste des citoyens renforçant ainsi sa perte de légitimité.

Les logiques de prédation et de népotisme ont tellement affaibli le pays dans son ensemble qu’il est incapable et impossible de survivre avec le régime et à la chute du régime, comme le prouve l’effondrement si rapide et de si longue durée que subit la Somalie depuis la fuite de Mohammed Siaad ou la Libye après la chute de Gaddafi à titre d’exemple.

Le défi des politiques tchadiens serait d’empêcher l’effondrement de l’Etat. Deby a travaillé à rester au pouvoir plus qu’à renforcer les institutions de son pays. Pire, les institutions de l’Etat Tchadien sont réduites en la seul personne unique du president prédateur, assassin et corrompu, assis sur les logiques tribales.
L’Etat n’est plus capable d’assurer ses fonctions les plus basiques de sécurité et de développement et n’a plus le contrôle effectif sur son territoire et ses frontières, il ne pourra plus reproduire les conditions de sa propre existence. Cet État est voué au désordre et à l’anarchie.

Dans un État démocratique, la preuve la plus fondamentale de sa durabilité et de sa stabilité est sa capacité à permettre une alternance du pouvoir autour d’élections libres, et de respecter les droits de la minorité. Cependant au Tchad d’Idriss Deby ceci ne relève que de la science fiction et d’un humour du mauvais goût . Ce dont ne laisse choix qu’a une transition violente risquant d’aggraver de plus la fragilité du tissu social.
En résumé, au Tchad, la notion d’autorité légitime et de sécurité se détermine par la « loi de la jungle ». La notion de citoyen n’est plus pertinente, le pays n’est plus qu’une aire géographique délimitée par le droit international avec à l’intérieur des habitants soumis aux warlords (« Seigneur de Guerre »). Et cela depuis un quart de siècle.

Deby a beau inviter ses homologues africains de la zone franc à se doter de leur propre monnaie. D’abord qu’il n’a qu’à commencer par lui-même, nous et lui savons tous qu’il n’a ni le courage, ni les capacités, ni les ressources humaines et financières pour mettre sa menace en exécution.

Car sur le plan technique et économique le Tchad n’a aucune institution le permettant d’accéder à un tel luxe à part « l’institution Idriss Deby». Et si jamais par la folie de grandeur le president tchadien s’en-tête, la valeur de la monnaie tchadienne sera si bas de mal gouvernance, corruption et gabegie que les tchadiens finiront d’utiliser la monnaie des pays voisins. Le cas de la Zimbabwe et du Soudan sont édifiant.

Selon le rapport de l’organisation The Fund for Peace basé à Washington aux États-unies qui publie annuellement « The Failed States Index»,  les États en déliquescence, le Tchad occupe la 6ème place dans la catégorie des «États en danger de défaillance». Cette classification basant sur une séries d’indicateurs socio-économiques et politiques n’est pas exhaustive. Nous sommes à l’aube d’un  «État en situation critique de défaillance» qui nécessite une préparation aux défis qui nous guettent lorsque le régime atteindra son «point mort».

Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Activiste politique, Maîtrise en sciences économiques
Article inspiré du mémoire de master (Analyse Critique de la notion d’Etat-Failli) à l’université de Bordeaux du camarade Sébastien KEREBEL  

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Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Parfaitement bilingue (arabe-français), activiste politique et analyste indépendant. Citoyen du monde. Passionné d'histoire, des études islamiques et de bande dessinée. Étudiant à vie. Fervent défenseur de la liberté de pensée et d'expression. J’œuvre pour les valeurs démocratiques et la justice. Rédacteur de Jeunes Tchad.
Djarma Acheikh Ahmat Attidjani

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