Quelle crédibilité pour l’opposition tchadienne

Saleh Kebzabo, chef de file de l'opposition tchadienne

Lorsqu’on n’écoute les compatriotes et en examinant la situation, on se dit qu´il y a péril en la demeure même si la grande partie consent à dire que tout va bien, tout baigne. Super. On ne peut que souhaiter cela pour son pays.

Lorsqu´on refuse de s´attarder sur les détails mais qu´on observe plutôt la vision d’ensemble et le mode de fonctionnement de ce qui se veut encore une entité tchadienne, on s´égare dans les méandres d´un pouvoir aux abois qui prolonge ses jours car l´opposition en face, lui sert le mandat illimité sur un plateau d´argent. On est dans le pokergame de la politique tchadienne.

Les martelages à consonance diplomatique sont contradictoires des réalités quotidiennes: mauvaise éducation, manque d’eau potable et d’électricité, insécurité, inégalité et injustice sociale, Bazard des biens publics, etc. Alors qu’il y a autant de petites choses qui peuvent rendre la vie agréable mais, ces choses sont encore des luxes pour juste une classe au-dessus des autres « bouts de bois de Dieu ».

Lorsqu’on a plus de 20 ans de carrière politique dans l’opposition, et qu’on n’a pas le courage d’affirmer très fort les besoins de ceux qu´on est sensé représenter, ce que l’on pense en réalité trop bas, lorsqu’on passe l’essentiel de son temps à guetter les occasions pour espéré être convoqué la nuit autour d’une table de whisky à la présidence, comment peut-on se prévaloir de donner des leçons au régime en place?
En se penchant sur la classe politique tchadienne, on se rend compte plus vite qu’aucun du parti au pouvoir et de camp adverse, moins encore la société civile tchadienne ne sont aujourd’hui capable de réaliser le rêve qu’aspire profondément les tchadiens: celui de vivre ensemble comme composante unie d´une nation, au-delà des clivages et des conflits socioculturels.
Pourquoi doit-on choisir entre le cholera ou la peste? Entre l’obsession unique d’un président ou la lâcheté chronique de ses opposants? La classe dirigeante est étiolée. Comment peut-on résoudre une crise lorsque l’on est en parti la source  du problème, et qu’on refuse de le reconnaître?
L’on ne parviendra à focaliser ses combats d´opposant que lorsqu´on peut jouer véritablement la carte d´une réforme et d´une alternance. Il est important de faire la distinction entre les discours fallacieux d’un chef de file de l’opposition et les efforts à long terme permettant de saper la nature d´un pouvoir mafieux et clanique.

S’il est difficile de prouver que M.Kebzabo et ses camarades font la politique du ventre, on est tenté de dire qu’ils ne font pas la politique du cœur non plus.
Comment l’opposition peut gagner des élections face à un régime qui se maintient au pouvoir par les armes et les « pétrocfa »?
Comment l’opposition peut-être sur de parvenir pacifiquement au pouvoir dans un Etat clanique dont l’armée, la sécurité, le renseignement, la police, la gendarmerie, le trésor public et la garde présidentielle sont sous le contrôle d’une seule famille, celui du président?
Face à la théorie de «l’émergence» et de la  «renaissance» du pouvoir, l’opposition sort l’artillerie lourde: «alternance» et «changement». Alors que La grande équation serait qui pourrait discipliner l´armée clanique du Tchad si on arrivait à un changement de pouvoir? C´est bien un autre défi encore trop lourds.

Donc, au lieu d’amuser la galerie, M. Kebzabo peut-il nous dire comment compte-t-il gérer le pays entouré de toutes ces bandes de vipère véreux?
Certains se rappelleront  encore les ralliements spectaculaires en avril 1996, en 2001, 2006, 2011 à la formation du Front Républicain autours d’Idriss Deby. Ces chefs politiques d’opposition au nom desquels ils parlent sont ceux qui, lors du referendum constitutionnel, s’étaient ralliés avec armes, bagages et âme au  »frère » Idriss Deby.
Et pourtant, du Burkina-Faso au Burundi, passant par le Nigeria, l’opposition n’a jamais été aussi dynamique et proche du peuple en étant honnête et sans équivoque aux différentes tentatives du pouvoir.

Alors pourquoi l’opposition tchadienne s’adonne-t-elle à jouer le jeu d’un régime usé, corrompu, autoritaire, face à des citoyens aspirant à la justice, la liberté d’expression et la reconnaissance de leurs droits?
Pour le Tchad, la réalité est complexe, plus complexe en tout cas que ne le dit le chef de fil de l’opposition qui a tendance de privilégier l’aspect régional Sud-ouest de la vie politique citoyenne. Aujourd’hui, il est nécessaire d’élever le niveau du débat concernant le Tchad et proposer des projets et programmes capables de relever les défis: la réforme de l’éducation, la réforme de l’armée, une politique de société, la forme de l’Etat, le redressement de la grande muette et proposer des solutions aux enjeux sécuritaires et géopolitiques que de vociférer aux antennes.
Il y a certes des tchadiens sincèrement engagés dans la vie politique et qui y croient, des élites et nouvelles élites intellectuelles qui se différencient des politiques politiciennes par une position claire, forte et ferme contre les pratiques du pouvoir et refusent d´accorder une légitimité à un pouvoir illégitime.

Djarma Acheikh Ahmat Attidjani et Réndodjo Em-A
Mondoblogueurs

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Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Parfaitement bilingue (arabe-français), activiste politique et analyste indépendant. Citoyen du monde. Passionné d'histoire, des études islamiques et de bande dessinée. Étudiant à vie. Fervent défenseur de la liberté de pensée et d'expression. J’œuvre pour les valeurs démocratiques et la justice. Rédacteur de Jeunes Tchad.
Djarma Acheikh Ahmat Attidjani

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