Les quatre modèles du terrorisme Internationale

Les analyses ne manquent pas pour tenter de rendre compte des attentats meurtriers des jihadistes. Elles émanent de divers horizons : islamologues, historiens, politiques, psychologues ou experts des mouvements terroristes. Les théories explicatives peuvent 
se raccrocher à quatre grands groupes.

1 · L’idéologie : au nom des idées


Il est des idées qui tuent. Au 20e siècle, ce fut le cas des idéologies totalitaires (nazie ou communiste). Concernant l’islam, certains mettent en avant la violence fondatrice du Coran, dont certaines sourates semblent explicites : « Ne prenez pas (les mécréants) 
pour alliés tant qu’ils n’auront pas émigré pour la cause de Dieu 
et s’ils se détournent, emparez-vous d’eux et tuez-les où que vous 
les trouviez (sourate 4). »

Mais cette thèse a plusieurs arguments contre elle. D’abord, toutes les sourates doivent être contextualisées : la tradition du jihad militaire
n’est d’ailleurs pas dans le Coran. Elle a été forgée par un courant minoritaire d’oulémas en lutte pour le pouvoir. L’islam a connu au cours
de sa longue histoire une « époque des Lumières » 
(9e-14e siècle), des formes politiques diverses (donc certaines proches de la laïcité), des courants pacifistes (soufisme) et dans l’ensemble une morale de bienveillance à l’égard d’autrui.

L’histoire des religions montre, du reste, qu’un même message fondateur peut être interprété et remodelé au fil du temps dans des directions très diverses. Toute religion est susceptible, selon les circonstances,
de délivrer un message de paix, ou au contraire de justifier l’élimination de ses opposants. Ce fut le cas avec le christianisme (saint Augustin a appelé explicitement à l’élimination des païens). Un même texte originel peut être susceptible de multiples lectures.

2 · Les réseaux : le poids 
des organisations


Les idées ne tuent que dans des contextes précis, comme des luttes de pouvoir organisées par des groupes armés. Les attentats meurtriers, d’où qu’ils viennent (Ira, ETA, etc.), sont toujours le fait de groupes qui embrigadent, forment et transforment des individus en combattants. Dans cette perspective, les organisations jouent un rôle majeur, avec leurs lieux de recrutement, leurs réseaux, leurs stratégies, leurs camps d’entraînement, leurs armements, leurs financements.

Les guerres de positions entre groupes jihadistes – comme, au Moyen-Orient, entre Daesh, Al-Qaïda au Levant et Aqpa – relativisent le poids des idées. C’est pourquoi nombre d’auteurs s’opposent à des lectures strictement confessionnelles des conflits au Moyen-Orient (sunnites contre chiites, juifs contre musulmans) au profit d’analyses en termes de conflits de territoire et d’intérêts stratégiques réciproques. Les ressources (le pétrole, le gaz), les politiques territoriales, la défense de positions stratégiques, les liens avec les territoires palestiniens, les jeux d’alliance sont déterminants dans les stratégies d’attentat.

3 · La thèse de la folie meurtrière

Et si les auteurs d’attentats étaient des déséquilibrés dont le profil relevait de la psychiatrie ? Ce sont des individus fragiles, influençables, limités intellectuellement. L’idéologie tiendrait moins de place dans leur engagement (ils connaissent mal le Coran) que la volonté d’en découdre : ce sont des jeunes fascinés par les armes et la violence. Cette vision « pathologique » du terroriste borderline existe, mais elle ne permet pas de rendre compte de la diversité des profils des candidats au jihad. Parmi eux figurent des adolescentes comme des hommes mariés et insérés socialement. Certains ont un passé familial troublé et un passé judiciaire de délinquants, d’autres comme Maxime Hauchard (qui a participé à la décapitation d’un journaliste américain) n’ont rien dans leurs antécédents qui laisse présager des comportements violents. Leurs motivations sont souvent comparables à celles des jeunes qui s’engageaient pour les Brigades internationales dans les années 1930, pour des causes révolutionnaires dans les années 1960-1970, dans les combats de l’ETA et de l’IRA plus récemment. Ils sont mus par une révolte morale (combattre les injustices du monde) et le désir de participer à un combat héroïque.

La sociologie des croyances extrêmes montre que le fanatisme peut s’appuyer sur un noyau d’arguments qui paraissent suffisamment probants pour justifier des croyances délirantes. Même la stratégie du kamikaze peut être envisagée d’un point de vue rationnel, d’autant qu’une récompense est promise : le paradis dans l’au-delà et un statut enviable de héros parmi les siens.

4 · La société responsable ?

La théorie du désespoir social repose sur l’idée que la violence se déploie sur fond de crise sociale et morale. Une société qui n’offre pas d’intégration à ses jeunes les pousse à la révolte. L’exclusion produit de la déviance. Le cumul de l’échec scolaire, de l’échec d’insertion professionnelle et de la déstructuration familiale nourrit un ressentiment contre la société. Et l’islam radical offre un cadre de socialisation, un idéal, une identité à des jeunes en « manque de repères ».

Ce modèle ne rend toutefois pas compte de certains terroristes bien intégrés socialement (comme ceux des attentats du 11 septembre 2001 ou de Londres en 2005). Lire la suite de l’article sur:====> Scienceshumaines.com

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Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Parfaitement bilingue (arabe-français), activiste politique et analyste indépendant. Citoyen du monde. Passionné d'histoire, des études islamiques et de bande dessinée. Étudiant à vie. Fervent défenseur de la liberté de pensée et d'expression. J’œuvre pour les valeurs démocratiques et la justice. Rédacteur de Jeunes Tchad.
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