Attentat : les Tchadiens frappés par le terrorisme

Le Tchad vient d’enregistrer son premier attentat terroriste, au coeur de sa capitale N’Djamena, dans la matinée du 15 juin 2015. Les terroristes s’en sont pris à la direction de la Sécurité publique et au commissariat central, ainsi qu’à l’école de police, à travers une série d’attentats kamikazes. Selon les sources officielles, il y aurait 27 morts, dont 4 assaillants, et une centaine de blessés, essentiellement des policiers et des gendarmes.

L’attentat n’est pas encore revendiqué mais les autorités tchadiennes pointent du doigt la secte islamiste Boko Haram. Une accusation partagée par François Hollande.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, rappelons que ceux qui ont péri dans cet attentat suicide, ceux qui ont perdu la vie, ne sont autres que des dommages collatéraux dans l’échiquier du pouvoir en place.

Si nous devons mourir, devons-nous nous demander pourquoi et pour qui ? Pourquoi la vie d’une personne, d’un Tchadien, est-elle si insignifiante et ne vaut pas l’intérêt d’une élite véreuse et cruelle ? Maintenant, il est temps qu’on se dise la vérité, aussi déplaisante soit-elle.

D’abord, j’ai été surpris par les réactions des autorités tchadiennes, notamment du service de l’ordre et de la sécurité, dans la gestion de cette crise face à un attentat terroriste. On dirait qu’ils ne servent qu’à torturer les enfants et les étudiants.

L’attentat, qui a eu lieu le matin du 15 juin, nous prouve une fois de plus que les services de police, de renseignement et de sécurité sont consacrés surtout à la répression des opposants et des activistes, plutôt qu’à la sécurité publique et à la préservation des intérêts suprêmes de la Nation.

Lorsque le secrétaire général de la CEEAC, Ahmad Allam-mi, évoque les informations qui circulaient dans la région sur de possibles attaques par Boko Haram, en expliquant qu’ils ne savaient pas exactement où elles allaient avoir lieu. On en déduit automatiquement qu’ils ont été pris par surprise.

En tant que diplomate chevronné, je peux comprendre son ignorance en matière de sécurité, mais de là à dire «  nous avons la preuve qu’ils se préparaient à attaquer N’Djamena, la capitale du Tchad, qui est à la porte du Nigeria, du lac Tchad «  ? On peut féliciter monsieur le diplomate pour cette formidable réflexion, qui a conduit à ce résultat. Grâce à vous et à cette information ultra secrète que vous venez de nous divulguer, on sait maintenant que N’Djamena est la cible de Boko Haram.

Que le Tchad fasse l’objet d’une menace terroriste est un secret de Polichinelle, et il n’aurait pas dû l’être s’il n’y avait pas eu l’intervention irréfléchie d’Idriss Déby au Nigeria. Aujourd’hui, ces jeunes ainsi que tous les autres morts seraient encore parmi nous. Certains seraient encore en train de passer du temps avec leurs enfants, leurs épouses et leurs familles. Et pourtant nombreux sont ceux qui ont mis en garde contre les conséquences d’une telle intervention.

Selon toute vraisemblance, Monsieur Allam-mi et le président qu’il représente a peut-être oublié à quel service il appartient ? Des Nigérians, des Camerounais, des Nigériens, des Tchadiens, d’un clan ou bien de la France?
En réalité, les autorités tchadiennes ne disposaient d’aucune information, pas plus que des suppositions fondées sur des inquiétudes. Il n’y a pas eu un travail d’enquête ni d’information crédible. La preuve est que l’attentat a visé le cœur même du service de renseignement et de la police.
C’est un acte de défiance qui en dit long sur la capacité de nos forces de l’ordre et de sécurité à amorcer, à contourner ou à éviter tout acte terroriste.

Vient ensuite le président français François Hollande. Lui, il n’a visiblement pas appris les  »fausses » informations que N’Djamena lui a chuchoté aux oreilles. Depuis Alger, où il était en visite, il accuse Boko Haram d’être «le responsable» derrière cet acte terroriste. Mais, si chacun va de son analyse et de sa prédiction, ne faudrait-il pas mieux mesurer la portée de nos déclarations ? Ne serait-ce que pour la sensibilité de la situation ?

Visiblement, la France peine à s’imposer dans la lutte contre le terrorisme, contrairement aux « faucons ». Elle n’a ni la bonne stratégie, ni la capacité de faire face à ce phénomène. Car on ne peut pas combattre le terrorisme sans le comprendre. Et les techniques d’approche entre les décisionnaires politiques et les chercheurs et experts en la matière sont vertigineuses.

Désormais, Idriss Déby a carte blanche pour liquider ses farouches adversaires ou restreindre les droits publics, au nom de la lutte contre le terrorisme. Une lutte contre laquelle il peut compter sur la France, l’Union Européenne et, pourquoi pas, les États-Unis.

Enfin, la secte islamiste n’est plus celle que l’on a connue. Depuis son allégeance à l’organisation de l’État islamique en Syrie et en Irak, elle est une branche de Daesh sous le nom de «Province Ouest-africaine de l’organisation de l’Etat islamique». Ce changement de nom, pour les chercheurs en études islamiques, doit être suivie illico de changements, non seulement sur leur mode opératoire mais aussi au niveau idéologique, pour correspondre au mieux à la pensée prônée par l’État islamique. C’est l’organisation terroriste est la plus puissante de tout les temps.
Alors si celle qu’on appelle Boko Haram est amenée à disparaître, cela ne devrait pas être sans leur cousin dans la région et leur frère en Libye.

Malgré l’amateurisme de nos autorités, habituées à la répression du peuple, il serait une erreur monumentale de croire que les assaillants ne sont pas des Tchadiens. Tout soupçon fondé essentiellement sur les ressortissants étrangers ne fera qu’empirer la situation.

La lutte contre le terrorisme ne peut justifier que l’on porte atteinte aux libertés fondamentales. Pour le combattre, il faut donc aussi mobiliser la société civile, les médias et le système éducatif. Elles sont déjà toutes défaillantes sous ce régime.

Alors, comment justifier, face à ces terroristes, la défense des droits de l’homme, des droits civils et politiques, si nous procédons de la même manière qu’eux?

Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Activiste politique, analyste indépendant

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Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Parfaitement bilingue (arabe-français), activiste politique et analyste indépendant. Citoyen du monde. Passionné d'histoire, des études islamiques et de bande dessinée. Étudiant à vie. Fervent défenseur de la liberté de pensée et d'expression. J’œuvre pour les valeurs démocratiques et la justice. Rédacteur de Jeunes Tchad.
Djarma Acheikh Ahmat Attidjani

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1 Commentaire

  1. Je suis tchadien! Vous avez toute ma solidarité en ce moment douloureux pour tout votre peuple. Mais, avec le soutien de vos vaillants soldats, nous arriverons à bout de cette horde d’assassins qui veulent nous diviser.

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