Soudan: le nouveau sanctuaire des djihadistes de l’EI

La conférence nationale du Mouvement islamique

Des nombreux services de renseignement avertissent que le Soudan est devenu le point focal de passage des combattants pour rejoindre l’Organisation Etat Islamique en Libye. Qu’ils soient des soudanais, des immigrés clandestins ou des djihadistes venant de tous les horizons.

Selon les renseignements français en collaborations avec les américains, anglais et italiens, le régime du président Oumar El-Bechir joue un rôle principal dans l’envoie des combattants à l’organisation Etat islamique en Libye comme la Turquie laissait aller autre-fois en Syrie. Et cela grâce à l’oisiveté du régime d’Oumar El-bechir face à l’afflux des combattants djihadistes soudanais et étrangers en Libye, de sa faiblesse et son incapacité à contrôler le pays ou encore la corruption criarde au sein de renseignement soudanais.

Les mêmes sources craignent que le pouvoir soudanais au bord du gouffre tombe au contrôle de l’organisation Etat islamique, vue les camps d’entraînements des djihadistes sur son territoire et les nombres des jeunes soudanais partant gonfler les rangs de l’organisation terroriste en Libye.

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Camps de recrutement de l’EI au Soudan

Plusieurs rapports attestent la mise en place de ce qui ressemble un camps de recrutement de l’organisation EI pour des djihadistes au Soudan. Ces camps accueillent les jeunes soudanais et du monde entier voulant rejoindre les rangs de l’Organisation EI en Libye. D’où la crainte des Etats de l’Union européenne du nombre croissant des migrants européens vers le Soudan pour aller combattre en Libye. Et cela depuis le durcissement de contrôle  aux frontières Turque appréhendant les jeunes européens allant combattre en Syrie.

On dénombre plus de 70 leaders soudanais  en mèche avec l’Organisation EI en Libye qui recrutement et envoient des combattants djihadistes à travers le désert du Soudan à Syrte. Le pouvoir central de Khartoum ne fait pas l’effort nécessaire pour arrêter et démanteler ces réseaux terroristes.

Oumar El-bechir, entre le marteau et l’enclume

Si le régime islamiste du président soudanais Oumar El-bechir se retrouve incapable face à ces camps de recrutement de djihadiste dans son territoire et aussi face aux leaders soudanais chargés de faire traverser des djihadistes à l’organisation EI, c’est parce que l’impasse politique et la fracture sociale et inter-islamiste m au sein de la mouvance islamiste au Soudan représente une menace direct au système ségrégationniste et mafieux du National Congress Party – NCP.
Son ancien mentor, leader islamiste radical et influent, chef controversé  du principal parti d’opposition Hassan Al-Tourabi acquis à la cause des tribus noirs africains dans la crise du Darfour entretient des liens étroites avec les islamistes des frères musulmans à Tripoli, le congrès national.
Ainsi la classe politique soudanaise se retrouve tirailler entre les islamistes du Nord prônant l’arabisation  du Soudan et ceux de l’Ouest marginalisé.

Du djihad contre les chrétiens et animistes au djihad contre les musulmans

En 2005, l’accord de Naivasha en Éthiopie met fin à la plus longue guerre civile du continent: entre les soudanais issus du Sud, noir chrétien-animiste et les soudanais issu du Nord, musulman-arabe. La fin de  cette guerre au enjeu identitaire et religieux a permit un referendum d’auto-détermination de la population du Sud, soldé par une indépendance de leur pays en 2011, le Soudan du Sud. En 1989, la venue des islamistes au pouvoir, a transformé  la nature du conflit d’un conflit politique en un conflit social et confessionnel en déclarant le djihad au nom de l’islam contre les ‘infidèles’: la population du Sud non musulmane. A l’exception des certaines tribus dans l’État du Nil-bleu et le Kordofan, des milliers des centaines de combattant issu du Darfour ont combattu au coté des forces gouvernementales sous la bananière intelligemment créer de toute pièce  par Hassan Al-Tourabi, Forces de défense populaires, la branche armée de la mouvance islamiste pour mission politique de combattre les insurgés armés du SPLM  (Sudan people’s liberation movement ) et spirituelle de faire le djihad pour islamiser la population sudiste chretienne -animiste.

D’énorme moyen ont été mise en œuvre pour enrôler la jeunesse soudanaise dans ce sanctuaire de désolation et du barbarisme: arabisation du système éducatif et l’islamisation des manuels scolaires, l’instauration forcée de leur vision de la loi islamique, appel au djihad dans le discours politique, la propagande médiatique, etc. Ainsi après l’accord de paix avec les rebelles du Sud, un bon nombre des djihadistes du Darfour ayant combattu au sud ont eu du mal à s’intégrer dans la vie civile. Ils rejoignent alors les mouvements rebelles du Darfour contre le pouvoir central après les tensions ethniques et tribales au sein de la mouvance islamiste. Ces djihadistes incontrôlables, radicaux et irrécupérables sont aujourd’hui séduits par l’idéologie de l’organisation Etat islamique et dont le régime corrompu de Khartoum craignent toute confrontation.

La dépression économique

Le détournement des fonds publics est  devenu la religion des islamistes au pouvoir à Khartoum. L’autorité centrale ne contrôle qu’une partie du territoire national, car malgré l’indépendance du Sud Soudan la guerre fait toujours rage. La fracture sociale à gagner tous les institutions de l’État notamment le renseignement symbolisant le camps des islamistes arabes ou arabisés du nord et l’armée les camps des islamistes de l’ouest. Pendant cette lutte acharnée entre les frères-islamistes, l’économie soudanaise est asphyxiée par la corruption et le détournement massif des fonds publics conduisant à une baisse considérable du pouvoir d’achat, augmentation de nombre de chômage, flambée des prix sur le marché, inflation galopante, baisse de la valeur monétaire,etc. D’innombrables éléments comme la pauvreté et la misère encouragent la jeunesse soudanaise à rejoindre l’Organisation EI en Libye moyennant de l’argent (en moyenne 500 dollars USA) par chacun.
L’élément le plus important dans cette équation est les universités islamiques qui apportent de l’eau au moulin aux mouvements djihadistes de la Somalie au Nigeria. Au Soudan, la notion du djihâd est institutionnalisée dans la société que les islamistes ne manquent pas d’utiliser comme instrument de pression politique, de revendication confessionnelle, de menace, de chantage ou un fond de commerce. Les ouvrages de l’organisation EI sont disponibles en vente au Soudan et leur idéologie est largement relayée par des prêcheurs radicaux dans les mosquées et les universités.

Intervention de la France et le spectre irakien

La situation en Libye présente une menace à moyen et long terme. Une menace directe et sérieuse pour la sécurité de l’Europe.

Selon le Figaro, dans son édition du 23 décembre rapport que Paris est en train d’esquisser les contours d’une intervention militaire pour contenir la poussée de l’État islamique dans son nouveau sanctuaire libyen.
Cette décision intervient à la veille même des attentats de Paris. L’extension des zones contrôlées par l’État islamique, à quelques centaines de kilomètres des côtes de l’Europe, le «basculement» en Libye de terroristes venus du Levant, mais aussi du Yémen et du Soudan, la menace de Touareg et de tribus du Sud, constituent les paramètres d’une équation complexe et prioritaire, selon un diplomate français.

Les modalités de l’intervention et les alliances restent à définir, mais l’urgence de la menace aurait convaincu Jean-Yves Le Drian d’ouvrir un nouveau théâtre d’opérations militaires de l’autre côté de la Méditerranée à l’horizon de six mois, voire avant le printemps.

À défaut d’un accord entre les belligérants Libyens, la France poursuivrait son travail pour mettre sur pied une coalition militaire dont l’Italie et le Royaume-Uni seraient déjà partants. L’Egypte et L’Algerie  participeront aussi mais pas le Soudan. Par ailleurs l’Egypte et l’Algerie ont plusieurs fois accusé le Soudan d’être un sanctuaire des terroristes. Le président algérien avait même interdit aux algériens de se rendre au Soudan. Quant au Caire, leur divergence est plus profonde notamment sur la question du Nil et le territoire frontalier  Hala’ib qui est lui très convoité par les deux pays, car il a un accès à la mer. Caire considère aussi que les islamistes au Soudan sont les principaux soutien après le Qatar aux frères musulmans.

En revenche, la France pourrait intervenir indirectement au Soudan en soutenant les rebelles soudanais du Front révolutionnaire qui depuis une année ont élu domicile à Paris. Le régime tchadien d’Idriss  Deby ne sera sûrement pas mise en écart. D’ailleurs si la France décide d’aider les rebelles du FRS, il y a pas meilleur intermédiaire que le Tchad de Deby. Si ce dernier ne s’écroule pas.

Et pourtant, si la situation en Libye est une menace pour l’Europe, le Soudan est une menace pour toute l’Afrique si une intervention en Libye se concrétise ou sans.

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La rééquilibre géopolitique

Après les attentats du 13 novembre 2015, les autorités françaises ont décidé d’aller à la vitesse supérieure dans la lutte contre le terrorisme qui s’est invité en pleine rue de Paris. D’abord un rapprochement sans retenu avec la république islamique d’Iran grâce à l’accord sur son programme nucléaire. Rappelons que la France a été longtemps hostile envers ce même Iran des ayatollahs considéré comme la principale source du terrorisme international. De l’extrême gauche à l’extrême droite, la classe politique française est prise dans son propre filet. N’ayant ni la capacité, ni les ressources nécessaires, elle fait appel à celles qu’elle traitait des terroristes pour une alliance spectaculaire. Ironie de l’histoire, les ayatollahs deviennent défenseurs des droits humains et la France incubateur des terroristes.
En suite, il y a la Russie défiant les américains en Syrie et les européens en Ukraine. La France se retrouve dans les bras de Poutine comme Juliette dans les bras de Roméo. Elle qui vociférait  l’ingérence de Poutine dans les affaires européennes et appelait à des sanctions économiques contre la Russie.

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Le but de ces acrobaties est d’empêcher  des attentats terroristes sur le sol français. Mais cela ne suffissent pas. Combattre l’organisation de l’Etat islamique en Syrie et en Irak en soutenant les iraniens et les russes déjà au sol face à la réticence occidentale, ne protège pas la France des terroristes qui affluent par centaine en Libye et se retrouvent en France parmi la masse des réfugiés.

Pourquoi les islamistes visent-ils la France?

Départ sa civilisation, sa culture , sa politique, son histoire et ses valeurs, la France est la cible favoris des djihadistes. Elle  entretient un mépris à peine voilé envers les valeurs et moeurs religieuses au nom des droits de l’homme ou des valeurs républicaines, qu’elles soient de l’islam ou d’autre religion depuis sa révolution légendaire contre l’autorité de l’église. Pour les islamistes, elle est la capitale de la dépravation, du libertinage, de la perversité bref le visa pour leur Paradis.

Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Analyste politique

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Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Parfaitement bilingue (arabe-français), activiste politique et analyste indépendant. Citoyen du monde. Passionné d'histoire, des études islamiques et de bande dessinée. Étudiant à vie. Fervent défenseur de la liberté de pensée et d'expression. J’œuvre pour les valeurs démocratiques et la justice. Rédacteur de Jeunes Tchad.
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