Religion: Peut-on revenir au temps de  »Calif »?

Le présumé Abou Bakr al-Baghdadi, Chef de l'EIIL d'une Mosqué à Massoul-Irak

Le discours d’un présumé  Aboubakar Al-Bagdadi chef jihadiste de la toute puissante organisation djihadiste l’EIIL, l’État Islamique en Irak et au Levant rebondit le débat délicat sur l’objectif du djihadisme musulman et la restauration de Califat abolie officiellement l’institution par Mustafa Kemal Atatürk, le père laïc des turcs modernes le 3 mars 1924, deux ans après celle du sultanat.

Le dernier est le 101e calife (en partant d’Abu Bakr ; le 1er Califat) et avait pour nom Abdul-Medjid. Il est mort en exil à Paris, en 1944, et fut enterré dans la ville sainte de l’islam, Médine, en Arabie Saoudite. Par là c’était la fin de l’empire Ottoman.
La communauté des Oulémas de l’Islam est divisée face à ce rebondissement brutal de ce sujet tabou qu’ils évitent a fortiori  pour sa délicatesse et son incohérence aux réalités nouvelles.

Le vendredi dernier dans une vidéo enregistrée dans une mosquée à Massoul en Irak montrant le chef djihadiste Aboubakar Al-Bagdadi  publiée pour la première fois par l’organisation djihadiste l’EIIL qui combat le régime Syrien et Irakien, s’auto-proclamé Califat des musulmans du monde entier et demande à ces derniers la pleine obéissance à son autorité.
Le terme Califat contrairement à la croyance populaire  qui la définie comme un avide du pouvoir, le Califat a pour fonction initiale la gestion des affaires des musulmans: سؤون المسلمين. C’est une expression d’origine arabe: Khilafa  خِلافة  qui veut dire successeur.
Au début de l’Islam, elle désigne le successeur du prophète Mahomet dans l’exercice politique du pouvoir qui est la plus haute autorité charger d’appliquer la Charia, la loi islamique.

Après la mort du prophète, les quartes premiers successeurs issus de ses plus proches compagnons ( Abou Bakar, Oumar, Ousman et Ali) se sont heurtés à des divergences politiques profondes et fortes de la part de partisan de chacun d’eux qui réclame la notoriété de son favori. Ce qui influença par la suite des différences théologiques.

Après leur mort,  la fonction de Califat se retrouve entre les mains des dynasties en dynasties formant un Empire que ça soi les Omeyyade de Damas, les Abbasside de Bagdad, les Fatimide du Caire ou les derniers et célèbres Ottoman d’Istanbul où chacun est différant de son prédécesseur. Ils furent tous des empires où les Rois se prétendaient au titre de successeur du prophète Mahomet selon des périodes différant au nom du djihad ou de l’expansion de l’Islam.
Il y a eu des Califats justes, des Califats rebelles et des Califats despotiques contraires aux valeurs islamique. On se demande à la quelle s’identifie Al-Bagdadi qui rêve aujourd’hui de restaurer le califat. Sauf que aussi loin qu’il remonte l’histoire, il ne trouvera pas un califat heureux, sauf dans les mille et une nuits. C’est toujours une histoire qui finit mal et jusqu’au dernier Calife en date, celui des Ottomans.

Plusieurs Califats ont existé depuis la fondation de l’islam, à la suite d’une expansion géographique du monde musulman par l’annexion des nouveaux terres, le djihad. La notion va au-delà des nations terrestres. Il est transnational. C’est la Oumma, pas la patrie. La Terre de Dieu et pas des frontières héritées des décolonisations.
Les théologiens de l’époque ont divisé le monde en deux pôles: Dar El islam (Maison de l’islam littéralement) et Dar El kofr, maison des impies. Entre les deux? La trêve ou la guerre selon les idéologues de ce courant et leurs maîtres d’autrefois.

Le récit coranique sur lequel est fondé cette pensée promu par le Salafisme saoudien jusqu’au montagne Pakistanais et de l’Égypte au Nigeria est l’œuvre d’une interprétation biaisée, d’une lecture littéraire des écritures excluant la forme métaphorique des versets. D’où la divergence et l’apparition des courants et des branches qui se livrent à une lutte sans merci les uns les autres dont tous réclament l’authenticité.

Les versets Medinois (révélés en Medine) appellent à l’amour, à la contemplation, à la spiritualité du fait que Al-Ansar, le peuple de Medine étaient hospitalier et bien accueillant lorsque le prophète Mahomet se retrouve forcé vers le chemin de l’exile de la Mecque. C’est fut alors l’Hégire.
Tandis que, les versets Mecquois (révélés à la Mecque) font appellent au djihad selon des situations et des moments bien précisent. C’est un discours relativement ferme contre l’oppression et l’exaction subit par le prophète par son peuple à la Mecque.

Si de nos jours la fonction de Califat est valable, les monarchies du golfe seront les premiers à cette posture.
Ce rôle de Calife qui est une sorte de plébiscite étant donné que l’élection d’un leader démocratique est une notion étrangère à l’islam; certains pour leur soif du pouvoir se sont même auto-proclamé  » Gardien des lieux Saints ». C’est peut-être de cette tradition ancestrale qu’il est impossible d’organiser des élections démocratiques au Moyen Orient.

Ces mêmes monarchies au nom du sunnisme instrumentalisent la langue arabe, profitent de l’ignorance, de la pauvreté et l’appartenance tribale du prophète dans leur vaste propagande de promouvoir un certain forme de l’islam radical grâce au pétrodollars à la même technique du sionisme israélien.
Ils mettent en place des organisations et des structures super-puissants: les Savants Musulmans, les frères musulmans, les djihadistes, la Mouvance Islamique,… appelez-les comme vous voulez, ils sortent tous du même doctrine de l’école salafiste  directement ou indirectement inféodés à la politique du pouvoir  monarchique et au service des services occidentales selon une stratégie bien précise.

En tout état de cause les enjeux stratégiques, géopolitiques, Idéologique, énergétiques et l’obsession sécuritaire de l’Israël fait que chacun des partis se retrouvent profiter de cette situation terriblement chaotique. Tant que les despotes monarchiques continueront d’approvisionner les alliés en Gaze et Pétrole, ceux-ci les maintiendront au pouvoir aussi longtemps que possible. (Pacte du Quincy) .
Mais ils se trouve que ces monarchies se sentent perpétuellement menacer par leur anciens démons les Chiites ou les Perses qui sont en Irak, en Syrie, au Liban, au Bahreïn… Et ici vient le rôle des Takfiristes qui se donnent la mission de stopper l’avancer iranienne et l’expansion Chiite dans la région. Quant à l’Israël, se contemplera le spectrale de voir ses pires ennemies s’entretuer.

Plusieurs organisations islamiques basées essentiellement en Arabie Saoudite, en Jordanie et au Golfe ont condamné et refusé de reconnaitre Al-Bagdadi étant le Califat des musulmans tout en réaffirmant leur position à la poursuite du djihad et non  »le terrorisme » contre les ennemis de l’islam.
Pour qui et/ou Pour quoi fait-on le djihad? Comment le devons-nous faire? Quel est le but collectif? Et Qui sont ces ennemis de l’Islam que l’on en parle tant?
Selon la pensée des Salafistes et leur dérivés, » le combat vous a été prescrit alors qu’il vous est désagréable » S2.V216.
Selon leur interprétation pour ne citer que ça, le combat ici serait le  »djihad », elle est une révélation divine. Alors pourquoi rejeter le nouveau Califat? N’est-il pas été un allié? Si les salafistes prônent le retour à l’islam d’origine, ne devraient-ils pas avoir un Calife, le principe fondamental de leur pensée? Pourquoi ces deux poids deux mesures? Ou c’est parce que ceci risque de remettre en cause la légitimité des monarchies auto-proclamées?

En revanche, s’ils jugent qu’il ne serait pas nécessaire ou possible la restauration de ce système, ne devons-nous pas revoir de la même façon certains des pensées sur la liberté de la femme, l’application de la Charia, le Fiqhi et la récompréhension du Coran au même titre? Ces  »barbus » ne manquent jamais d’étaler leur misère intellectuelle à la scène publique. Qu’ils soient conscients ou pas. Et pourtant, ils se retrouvent à chaque événement trahis par leur propre  »credo » qu’ils croient dure comme roche et s’exilent massivement en occident.

Ce dernier, utilise la lutte contre le terrorisme tantôt un moyen de pression aux incrédules et indociles, tantôt un moyen de chantage et tantôt autre une raison de violation du droit international sous cette lutte qu’on dira venu d’ailleurs. Une véritable  arme de destruction massive mais parallèlement, un effet inverse se produit. On peut jamais contrôler la violence qui maintenant est importée au sein des sociétés occidentales.
L’afflux des jeunes occidentaux pour le djihad en Syrie comme rapporte Nicolas Journet, docteur en ethnologie, serait que le salafisme, d’obédience wahhabite saoudienne, véhicule une vision mondiale, orthodoxe et radicale de l’islam, et touche, à travers les réseaux sociaux, de petits groupes de jeunes en quête d’identité. Le tout, non sans fractures et rivalités internes, aboutit à la formation de ce que le politologue Gilles Kepel nomme l’« islam des jeunes » : décomplexé, rigoureux, il s’affiche dans de nombreux aspects de la vie quotidienne des « quartiers », sans pour autant constituer un refus d’intégration. Si l’on fait exception de certains salafistes se vivant « en exil », l’idée serait plutôt de se « faire une place au soleil », et d’influer sur la vie publique par de nombreux engagements politiques et associatifs.
Il ne faut aussi  pas oublier les médias de masse qui en se laissant emporter par la couverture des événements au Moyen Orient par la diffusion des images choquantes dans une posture de diabolisation ou  »de dénonciation des violations flagrants de droit de l’homme » influencent ces jeunes et nourrissent en eux un fort sentiment de compassion, une curiosité d’assouvir un besoin de savoir et de compréhension et finissent dans les sites fanatiques.

Se vivant comme occidentaux, mais discriminés, souvent très mal éduqué aux valeurs de l’islam ou ignorant, ces jeunes musulmans trouvent dans le salafisme une source de solidarité, et une respectabilité qui leur est, estiment-ils, par ailleurs refusée.
N’est-il pas dis que les traitements de choc ne reglent rien lorsqu’ils partent du mauvaise pieds.

Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Activiste Politique, Analyste Indépendant, Passionné des études islamiques

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Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Parfaitement bilingue (arabe-français), activiste politique et analyste indépendant. Citoyen du monde. Passionné d'histoire, des études islamiques et de bande dessinée. Étudiant à vie. Fervent défenseur de la liberté de pensée et d'expression. J’œuvre pour les valeurs démocratiques et la justice. Rédacteur de Jeunes Tchad.
Djarma Acheikh Ahmat Attidjani

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