Tchad: le MPS, encore 5ans de règne de plus?

Poignée de mains entre Manuel Valls et Idriss Déby. / Photo AFP.

Depuis un certain temps les opposants tchadiens, qu’ils soient en exil ou au Tchad, sont déboussolés par le soutien de Paris aux actions et initiatives du président tchadien Idriss Deby. Les blogueurs et activistes hostiles au régime mafieux de N’Djamena sont pantois, voir résignés. En les observants, Idriss Deby a réussi une fois encore à bannir tout espoir d’une alternance politique au sommet de l’État.

Il y a quelque temps, les opposants au régime du Mouvement patriotique du salut espéraient, par la venue des socialistes à l’Élysée, une pression pour déloger un régime longtemps considéré comme le protégé de la France.
Très vite, cet espoir va voler en éclat. Car par la force des choses, l’indésirable Deby devient un allié incontournable de Paris dans la guerre contre les djihadistes dans les montages des Ifoghas au Mali.

Si l’héroïsme et l’exploit des tchadiens au Mali, salué par la communauté internationale, et le soutien de la France, a permis de réhabilité un dictateur notoire, cela ne fut heureusement que de courte durée.

Dans le bourbier centrafricain, le tchadien en se prenant faiseur de rois s’est heurté à une forte résistance de la part du peuple de Centrafrique. Les accusations proférées à l’encontre des troupes tchadiennes, à propos de leur rôles macabres et complices dans le chaos  centrafricain, a très vite entaché la réputation des soldats tchadiens.

Ce n’est un secret pour personne : Si aujourd’hui Deby demeure encore au pouvoir c’est grâce notamment à son armée. Une armée qu’il l’utilise comme bon lui semble, au détriment de son groupe tribal, les Zaghawas, dont je reviendrais dans la seconde partie de cet article.
Après le renvoi des troupes tchadiennes de la Centrafrique, une série d’événements sociaux frappent l’ensemble du territoire: pénuries de carburant, grèves des enseignants, manifestations monstrueuses et simultanées inspirées des événements au Burkina-Faso qui ont conduit  à la chute du régime de Blaise-Comparé, etc.

Certains politiques parmi les moins scrupuleux n’ont pas raté l’occasion. Une pluie de communiqués des mouvements politiques en exil s’abattent sur la toile. Certains enfouis dans la poubelle de l’histoire de la guerre du Darfour soudanais, réduits au silence, voyaient l’occasion de se faire une place. D’autres encore attendent la moindre opportunité pour rediriger en leur faveur toute action citoyenne.

Par peur ou par manque de stratégie, les partis politiques au Tchad, bien qu’elles regroupent parfois des intellectuels et des cadres, n’ont réussis jusqu’à-la qu’à faire valoir leur sens de l’humour de mauvais goût et prouver au peuple et à l’histoire leur lâcheté chronique.
La dimension géostratégique à laquelle le président tchadien peine à s’imposer dans la région à largement dépasser  le niveau de débat des opposants au régime du MPS, embourbés dans leurs refrains des années 90. Au passage, il y à de quoi applaudir la performance humoristique d’un certain Mahamat Nour Abdelkarim  dans une interview vidéo passée presque inaperçue, accordée à un blog.

Si aujourd’hui la classe politique tchadienne est incapable de faire valoir un projet et un programme politique en dehors des salles de conférence et au delà du tract, cela est dû notamment à une absence de stratégie à moyen et long terme. Ce manque d’une vision qui s’inscrit dans le temps long remet en cause non seulement l’engagement, mais aussi et surtout l’honnêteté des acteurs politiques dans une société dépravée dans ses mœurs, détournée de ses valeurs culturelles et ancestrales, étriquée par un choc identitaire.

Il serait naïf de penser à une alternance sans une lecture approfondie des événements dans la région et prendre en compte la dimension ethnique des liens socio-politiques qui sont les véritables piliers du régime.

La situation politique à l’intérieur du Tchad n’est pas sans liens avec les événements au Soudan, principalement au Darfour. Le groupe tribal de Deby repartie entre le Tchad et le Soudan est dans une posture de survie. Une impasse à moyen et long terme. Décrié par la société soudanaise en général et les tribus au Darfour en particulier, ils sont de plus en plus nombreux à émigrer vers le Tchad dans le seul but de piller et de profiter de l’occasion.

Avec l’intervention du Tchad au Nigeria, si Deby réussit à décrocher un nouveau mandant de 5 ans, cela deviendrait sans nul doute les pires années que les tchadiens n’aient jamais connus.

Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Analyste indépendant, activiste politique

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Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Parfaitement bilingue (arabe-français), activiste politique et analyste indépendant. Citoyen du monde. Passionné d'histoire, des études islamiques et de bande dessinée. Étudiant à vie. Fervent défenseur de la liberté de pensée et d'expression. J’œuvre pour les valeurs démocratiques et la justice. Rédacteur de Jeunes Tchad.
Djarma Acheikh Ahmat Attidjani

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