Une énième tentative d’extradition se solde par un échec

Idriss Deby, président du Tchad et son homologue soudanais Oumar El-bechir le 10 octobre 2015. Soudan-Kartoum

Aussi vrai que l’on ne peut descendre plus bas que le fond, aussi vrai qu’un homme couché par terre ne peut tomber. Mais, seul un Déby président est capable de chuter aussi bas. Décidément le régime de Déby n’en finira pas avec les activistes et blogueurs qui dénoncent ses bavures et son système macabre.

N’est-il pas étonnant que celui qui se vantait d’avoir «écrasé » des rebelles lourdement armés redoute les publications des jeunes blogueurs et des activistes pacifistes. Des personnes à des milliers de kilomètres et qui n’ont d’arme que leur clavier et leur plume ? N’est-il pas ironique que celui qui dirige le Tchad d’une main de fer depuis 25 ans et qui le vide de toutes ses ressources se sente menacé par des articles publiés sur des plateformes virtuelles ? Que veut-il ? A-t-il encore quelque chose à cacher de sa gestion mafieuse et de sa cruauté ?

Le 10 octobre 2015, le président tchadien Idriss Déby a fait une visite officielle au Soudan à Khartoum. Sans honte, il a occupé la place d’invité d’honneur à la cérémonie d’ouverture du dialogue national. Un dialogue voulu inclusif entre le parti au pouvoir National Congress Party (NCP) d’Oumar El-Bechir, une partie de l’opposition, la société civile et une fraction dissidente des rebelles du Front révolutionnaire soudanais. Mais la rencontre a échoué avant d’avoir même commencé. Comme si on devait attendre à autre chose !

Quarante-huit heures avant l’arrivée de Déby, le tristement célèbre service de renseignement soudanais recevait une requête des autorités tchadiennes demandant l’extradition vers le Tchad du mondoblogueur Djarma Acheikh Ahmat Attidjani, c’est-à-dire ma pauvre personne, et cela en vertu  de l’accord de normalisation des relations entre le Tchad et le Soudan en 2009 empêchant toute activité politique hostile à Ndjamena.

Le 9 octobre, soit 24 h avant l’arrivée de Déby à Khartoum, j’ai été interpellé par le service de renseignement soudanais sans mandat d’arrêt évidemment, mis en garde à vue en résidence surveillée. Une enquête a été ouverte. Mon ordinateur et mon smartphone ont été confisqués. Le drame a été évité de justesse – sans le soutien et la mobilisation de certaines personnalités dont je salue le courage.

Mais il ne faut pas faire d’illusion. Si le régime soudanais se méfie d’Idriss Déby perçu comme instable et mégalomane, les deux se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Ils ont en commun plusieurs tendances machiavéliques. Mon interpellation m’a permis d’approfondir mes recherches sur un pays déchiré par une crise identitaire, une société tyrannisée par un choc de religion et sombrant profondément dans le mensonge, le déni, la perversité.

Que ceux qui s’agitent et se ridiculisent à vouloir casser les plumes des blogueurs ou à menacer les activistes s’habituent à la déception et surtout à en prendre plein la figure. Une politique que la perversité d’un système machiavélique a pu et s’est plu à inventer.

Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Mondoblogueur, activiste politique et analyste indépendant

NB: article pré-enregistré, le 24 octobre 2015

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Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Parfaitement bilingue (arabe-français), activiste politique et analyste indépendant. Citoyen du monde. Passionné d'histoire, des études islamiques et de bande dessinée. Étudiant à vie. Fervent défenseur de la liberté de pensée et d'expression. J’œuvre pour les valeurs démocratiques et la justice. Rédacteur de Jeunes Tchad.
Djarma Acheikh Ahmat Attidjani

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