Déclaration citoyenne: Appel à des villes mortes au Tchad

Mesdames et Messieurs,Chers compatriotes, Comme vous le savez mieux que quiconque, nous nous inscrivons dans notre fidèle logique et nos différents slogans de lutte citoyenne pour persister et signer que « Trop c’est trop », « ça suffit », « Iyina », nous sommes vraiment fatigués et nous vous rassurons que le changement tant attendu, depuis 25 ans c’est maintenant.

Et c’est vous et nous, les forces vives de la nation, qui sommes les premiers et les principaux acteurs de ce changement historique tant attendu. Plus rien, nous disons bien, plus rien ne sera comme avant. Nous devons activement mais pacifiquement, par nos gestes et actes citoyens, faire bouger les lignes afin de sortir de ce bourbier d’un régime qui, à tous égards, est aujourd’hui aux abois, en panne de stratégies pour gouverner, mais croit nous endormir encore avec des slogans et des discours creux du genre « fédéralisme » et « limitation de mandat » qui n’émeuvent et n’enchantent plus personne.

Avec les signes des temps qui ne trompent plus, les évènements de ces derniers jours qui illustrent, de façon très emblématique, que la vie du citoyen lambda dans ce pays n’a que valeur de torchon où d’autres supers-citoyens, sous le couvert de l’immunité du fait de l’appartenance à un régime, peuvent disposer impunément de votre dignité, cracher sur votre honneur, prendre le sinistre loisir de violer votre fille, votre sœur, votre femme, en bande criminelle organisée pour vous humilier, vous rabaisser au rang d’esclave, à l’exemple du cas symbolique de Zouhoura.

Non seulement cela, mais aussi, de façon anodine, on peut vous enlever imperturbablement la vie. Assassiner n’est qu’un simple loisir banal comme ce fut le cas du jeune Abachou, abattu froidement par un élément de la DGSSIE dont sa voiture a été identifiée alors qu’il manifestait, à main nue, pour exprimer sa colère et soutenir sa sœur souillée.
C’est aussi le cas des orpailleurs tués dans le Batha, pendant qu’ils étaient à la recherche de ce métal précieux, juste pour gagner un peu d’argent, non pas pour être riche mais pour survivre. Nous ne pouvons perdre de vue les conflits éleveurs-agriculteurs qui sont, sans cesse, ravivés et entretenus par la complicité active et la complaisance de certaines autorités militaires et politiques bien connues du pouvoir central et des autorités décentralisées, et qui sont elles-mêmes propriétaires des troupeaux de bœufs et arment leurs bergers qui n’hésitent pas à faire usage de ces armes à feu.

Comme si cela ne suffisait pas, le pouvoir en place, en complicité avec les deux grandes sociétés de téléphonie mobile, en voulant étouffer la colère du peuple qui en a marre de toutes ces injustices, censure les réseaux sociaux à travers lesquels les violations des droits de l’homme sont systématiquement dénoncées, portant ainsi atteinte grave à la liberté d’expression et d’opinion consacrée par la Loi fondamentale. L’entrave à la justice est la logique du régime et nous ne serons pas surpris s’il commence déjà à faire du dilatoire pour que même les victimes récentes de ces injustices, notamment Zouhoura et Abachou n’obtiennent jamais justice.

La déportation des auteurs non encore jugés à Koro-Toro illustre ce dilatoire et vise à alourdir la procédure en cours. Rien ne prouve que les detenus sont à Koro-toro si ce n’est cette mise en scène devant les camera à N’Djaména. L’actuel Ministre de la Sécurité Publique connu pour ses joutes verbales du genre « délinquant », « voyou », « bandit de grand chemin », parfois « terroriste » n’a pas pipé mot devant les détenus mais s’en prend plutôt aux manifestants qui protestent contre cet acte horrible. Le cas Abachou rappelle l’assassinat de l’étudiant Hassan Daoud le 9 Mars 2015 alors qu’il manifestait pacifiquement avec ses collègues, pour réclamer des meilleures conditions d’études.

Il vous souviendra que dans un passé très récent, à N’Djaména, le 21 Octobre 2015 précisément, Madame Madina KOULLAMALAH, DAF dans une entreprise de la place a été abattue froidement par un commerçant et jusqu’aujourd’hui les parents attendent justice. Récemment, vous vous souviendrez de la mascarade dans le la poursuite enclenchée dans l’affaire de détournement de plus de 137 milliards de FCFA et dont l’auteur, Salay Deby est aujourd’hui en liberté.

Bien avant cela, le cas du Professeur Ibni Oumar Mahamat Saleh, grand intellectuel et figure emblématique de l’opposition tchadienne, a été enlevé par des éléments armés appartenant à la garde présidentielle et porté disparu depuis le 3 février 2008, attend désespérément que lumière soit faite par la justice tchadienne mais, 8 ans déjà, rien n’a bougé. Nous ne pouvons passer en pertes et profits l’assassinat crapuleux de Maître Joseph BEHIDI, Avocat et Président-Fondateur de la Ligue Tchadienne des Droits de l’Homme le 16 février 1991, aux premières heures de l’avènement du MPS qui annonçait ainsi ses couleurs de régime sanguinaire. Un auxiliaire de justice, Maître Abaye Khauswé Menwa, Huissier de son état, assassiné froidement en plein jour et en plein marché, en Septembre 2013, est resté sans suite jusqu’aujourd’hui.

Pour ne citer que ces quelques cas. La liste est non exhaustive. Chaque jour, de nouveaux faits viennent s’ajouter et la cadence va s’accélérant, témoignant de l’imminence de l’impasse apocalyptique. Et pour tous ces faits fautifs très graves, et à cause de la peur de répondre un jour devant les juridictions nationales et internationales, le Président Idriss Déby Itno et ses ouailles s’accrochent désespérément au pouvoir malgré la déchéance achevée de l’Etat et de la République dans tous ces fondements.

Avec la descente aux enfers qui s’acheminent vers l’apocalypse, toute personne consciente qui continuera à être neutre dans une situation de chaos comme celle-là, est sans nul doute complice actif de cette horrible machine d’oppression et de répression du peuple mise en marche depuis 25 ans. L’administration tchadienne est infestée par des recrutements, intégrations et des nominations aux allures de clientélisme, de népotisme, d’affinité, de copinage, de récompense aux serviteurs fidèles du régime, au point de fermer hermétiquement l’accès à la fonction publique aux milliers de jeunes diplômés issues des instituts, grandes écoles et universités du Tchad et d’ailleurs.

Le comble c’est que ces jeunes désœuvrés sont violemment réprimés lorsqu’ils manifestent pacifiquement pour demander à l’Etat de l’emploi afin de travailler à la sueur de leur front pour gagner honnêtement leur vie. Aujourd’hui, pendant que les salaires des fonctionnaires, l’argent des fournisseurs de services de l’Etat et les bourses des étudiants sont difficilement payés, les maîtres communautaires totalisent au jour d’aujourd’hui plus de 20 mois d’arriérés de subsides. La plupart des Universités et autres grandes écoles ne fonctionnent pratiquement pas ou fonctionnent difficilement du fait des enseignants ou étudiants mécontents. L’avenir de toute une génération est ainsi compromis par la volonté avérée de nuisance du régime de confisquer à vie le pouvoir.

Ce pouvoir qui appartient pourtant au peuple, et cette confiscation est dans le seul but de prolonger ses souffrances, pour assouvir les intérêts égoïstes d’un groupuscule qui s’est longtemps sucré sur nos dos et reste insatisfait de nous servir comme sous-main. Mesdames et Messieurs, Chers compatriotes, L’économie est aujourd’hui sans finances et en faillite achevée nonobstant les énormissimes royalties engrangées de l’exploitation et de l’exportation du pétrole qui se chiffraient à des milliers de milliards de nos franc. Comme on devait si attendre, notre pays est honteusement et prématurément entré en récession, à peine six (6) mois après la chute du prix de baril du pétrole.

Aujourd’hui, le Tchad, pays exportateur de pétrole, est devenu mendiant qui court derrière d’autres pays et les institutions financières pour quémander de l’argent afin de payer les fonctionnaires et faire face aux charges publiques courantes. Cette crise socio-économique grave que traverse le pays n’est pas à mettre au passif exclusif d’une quelconque baisse de prix de baril du pétrole mais elle est la conséquence logique du pillage à ciel ouvert et de la dilapidation systématique de nos ressources communes dans une impunité la plus totale d’une minorité de privilégiés. Les régies financières traditionnelles ont donc été systématiquement privatisées au profit des proches du régime. Le circuit de la dépense est systématiquement pris en otage par ces mêmes proches, de la conception des marchés, leur attribution et leur exécution, aux fins d’un enrichissement illicite qui frise le crime économique.

Pendant que les autorités politiques, militaires et judiciaires s’en prennent violemment à celles ou ceux qui dénoncent pacifiquement la corruption, la concussion, les détournements des deniers publics, l’impunité criarde, les injustices de tous poils, le grand détourneur de fond de l’histoire connue du Tchad, Monsieur Salay Deby Itno, ex Directeur Général de la Douane et par ailleurs petit-frère du Président de la République, coule des jours heureux et tranquilles dans son domicile. A l’instar des affaires floues de ce pays qui n’ont jamais eu de suites judiciaires, Salay ne sera pas jugé et n’attend qu’à être promu à d’autres postes juteux de responsabilité.

Il devient clair : le parti au pouvoir est le repère de détourneurs de biens publics, vite blanchi ou gracié par celui qui se présente désormais comme le propriétaire du Tchad, pour l’avoir libéré un certain 1erdécembre au prix de sacrifice suprême. Le Tchad est donc devenu un butin de guerre. L’armée est phagocytée en clans, au point d’être une machine à réprimer et à massacrer les « empêcheurs de tourner en rond ». Les affaires bloquent, sévèrement plombées par la corruption ambiante, et aujourd’hui beaucoup d’opérateurs économiques ont mis la clé sous le paillasson et d’autres n’attendent qu’à faire pareil.

Les remaniements du gouvernement et les changements de Premiers ministres à intervalle de temps plus ou moins court ne changent en rien la faillite irréversible de nos valeurs républicaines et démocratiques. Après 25 ans de règne à tâtons, le régime MPS a échoué lamentablement sur toute la ligne. Il a atteint ses limites dans ses politiques sociales perverses et symbolise aujourd’hui le désespoir des tchadiens d’ « en-bas » en général et celui de la jeunesse tchadienne, en particulier. Il ne fait l’ombre d’aucun doute que les tchadiennes et les tchadiens veulent maintenant le changement dans leur écrasante majorité. Mais des apprentis sorciers et certains oiseaux de mauvais augures prévoient et continuent de prévoir l’enfer pour l’après-Deby en miroitant l’horreur Centrafricain et Libyen.

Ils ont savamment planifié cette horreur pour se perpétuer au pouvoir par une offre politique des plus saugrenues au moment où le peuple vit la misère : le fédéralisme et une nouvelle constitution pour revenir en 2021. Le pays est pris en otage par une poignée de tchadiens dont l’objectif est de nous asservir pour en tirer profit. Le régime actuel n’a aucun souci pour notre mieux-être et ne lésine sur aucun moyen pour hypothéquer notre avenir. Mais nous disons qu’au point où nous sommes parvenus, il vaut mieux la fin de l’horreur que de vivre l’horreur sans fin. Le changement est en marche, et rien ne freinera cette marche vers la délivrance. La Constitution, notre Loi Fondamentale conforte légitimement « notre opposition totale à tout régime dont la politique se fonderait sur l’arbitraire, la dictature, l’injustice, la corruption, la concussion, le népotisme, le clanisme, le tribalisme, le confessionnalisme et la confiscation du pouvoir ».

Notre objectif ultime est d’œuvrer, sans relâche, à l’alternance pour mettre fin maintenant à nos souffrances afin de rendre possible les réformes profondes de l’Etat pour lui redonner ses lettres de noblesse et redorer son blason. Il est aujourd’hui clair, au regard des derniers évènements que l’usage abusif des sensibilités ethniques et religieuses ne fonctionnent plus. Les tchadiens sont tous unis, quand il le faut, autour des idéaux de justice, de dignité, d’égalité, de fraternité et, partant, de toutes les valeurs républicaines et démocratiques.

Mesdames et Messieurs, Chers compatriotes, Il est temps de réagir vigoureusement, en usant de toutes les voies légales et légitimes, pour montrer à nos fossoyeurs que nous sommes capables de changer notre destin. C’est pourquoi, les associations signataires de la présente déclaration vous demandent d’observer sur toute l’étendue du territoire national une « Journée Ville Morte » le Mercredi 24 février 2016. Cette journée ville morte a une double signification :

1. Pour faire le deuil pour Abachou, pour Hassan Daoud, pour Madina Koulamallah et pour tous les milliers de victimes de l’oppression et de la répression ;

2. Pour réclamer, entre autres :
o Le retrait de la candidature d’Idriss Deby Itno comme candidat du MPS ;
o Justice pour Zouhoura, justice pour le viol permanent ;
o Justice pour Abachou, et tous les blessés des différentes manifestations récentes à N’djamena et dans les provinces afin que l’impunité dont jouissent les forces de l’ordre face à des manifestations pacifiques prenne fin ;
o Libération de tous les détenus de toutes les manifestations pacifiques ;
o Justice et fin de l’impunité pour les détournements de deniers publics, et en particulier la conduite d’une enquête indépendante pour les faits de détournement incriminés à Salay Deby ;
o Vote rapide d’une Loi de finances rectificative pour prendre en compte l’intégration des jeunes diplômés à la Fonction Publiques ;
o Le paiement des 20 mois d’arriérés de subsides des maitres communautaires ;
o La régularité dans le paiement des salaires des fonctionnaires, des primes des enseignants-chercheurs et des bourses des étudiants pour le temps qui reste;
o La prise des décisions fermes pour juguler le récurrent phénomène de la vie chère savamment entretenus par des commerçants véreux pour asphyxier le bas peuple ;
o Le rétablissement immédiat des réseaux sociaux dont leur censure porte une atteinte grave à la liberté d’expression, d’information et d’opinion.

Pour ne citer que ces réclamations. Le geste est si simple, si anodin mais il est hautement patriotique et citoyen. Restez chez vous et en accomplissant ce geste, vous avez posé un acte patriotique qui peut changer quelque chose dans le cours de votre vie de citoyen tchadien à part entière. Ne pensez pas que l’acte que vous poserez ce jour est insignifiant. Il est très important pour la réussite de cette journée d’action citoyenne. Faites-le vous-même et n’attendez pas qu’une autre personne le fasse à votre place. Demandez à votre entourage de faire autant. Peuple tchadien, comme le dit si bien ton hymne national « ta liberté naitra de ton courage, lève les yeux, l’avenir est à toi » ! Nous vous remercions !

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Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Parfaitement bilingue (arabe-français), activiste politique et analyste indépendant. Citoyen du monde. Passionné d'histoire, des études islamiques et de bande dessinée. Étudiant à vie. Fervent défenseur de la liberté de pensée et d'expression. J’œuvre pour les valeurs démocratiques et la justice. Rédacteur de Jeunes Tchad.
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