Deby, l’homme de la DGSE comme Habré de la CIA

L’histoire se répète. En visite au Tchad, le ministre de la défense français, Jean-Yves Le Drian, a déclaré ce mercredi 31 décembre, à N’Djamena, qu’il « ne faut pas accepter » le développement d’un « sanctuaire terroriste » en Libye. Encore le même scenario.

Ministre de Defense français Le Drian et Idriss Deby

Ministre de Defense français Le Drian et Idriss Deby

A la fin des années 80, le monde entre dans une nouvelle phase de son histoire politique. La guerre froide prit fin. L’Allemagne est réunifiée. Car à la faveur de la guerre froide, les États africains, qu’ils aient étés du bloc capitaliste ou communiste, adoptèrent des régimes autoritaires méprisant des droits de l’Homme. Avec la chute du mur de Berlin, ces régimes sont contrains de se démocratiser. Et ainsi le vent de la démocratisation souffla sur l’homme fort du Tchad Hissein Habré qui l’emporta au Sénégal.

Habré, l’allié des États-Unis, était un dictateur invétéré, qui dirigea le Tchad d’une main de fer. Il refusa catégoriquement les appels incessantes de la France de se ranger du coté de sa nouvelle politique étrangère. Une politique qui sera marquée plus tard par le célèbre discours de la Baule du président François Mitterrand demandant de démocratiser les régimes de ses anciennes colonies africaines.

La France décide alors d’éjecter précipitamment Habré du pouvoir avec l’aide de la Libye de Kadhafi et du Soudan. La mission est confiée aux services secrets français, la DGSE. Le choix du renseignement français se porte sur Idriss Deby ? Un homme de renseignement et brut.
Mais Deby n’est pas du goût des américains. Toute menace visant Hissein Habré, se traduisant comme une menace à la sécurité nationale des Etats-Unis.

L’indéfectible allié de Washington surnommé par la CIA «le guerrier du désert par excellence» («the quintessential desert warrior») était une pièce maîtresse de l’effort secret de l’administration Reagan pour ébranler l’homme fort de la Libye, Mouammar Kadhafi, devenu une menace de plus en plus importante pour les États-Unis à cause de son soutien au terrorisme international.

De l’autre coté, il était inadmissible pour la France de laisser le Tchad aux américains, qui malgré les échos persistants et de plus en plus alarmants d’exécutions extrajudiciaires, de disparitions forcées et de conditions inhumaines de détention perpétrées par le régime Habré, la CIA et le bureau Afrique du Département d’Etat américain avaient armé Habré en secret et formé son service de sécurité en échange de l’assurance qu’il pilonnerait sans relâche les troupes libyennes qui occupaient alors le nord du Tchad. Si Habré était renversé, cet effort vieux de près d’une décennie aurait été vain. Se souvient l’ambassadeur des États-Unis à l’époque Richard Bogosian sur Slate.fr.

De ce fait, la France et les Etats-Unis entrèrent dans un rapport de force interposé par leurs services de renseignement. La DGSE soutien Kadhafi qui veut prendre sa revanche sur Habré et demande aux «tourabistes» fraichement installés au pouvoir à Khartoum par l’aide libyen, le recrutement des combattants pour Deby au Darfour soudanais pour le ménager au pouvoir au Tchad d’un coté et la CIA soutenant Habré contre les libyens et les rebelles de Deby de l’autre côté.

Le Tchad contre le pétrole

La première guerre du Golfe va considérablement changer la donne. Les Etats-Unis ne veulent pas multiplier les théâtres d’opération et la France est un membre du conseil de sécurité de l’ONU : un compromis devient indispensable. La France, jusqu’à présent hostile à la guerre du Golfe, s’engage aux côtés des États-Unis dans l’intervention d’une force multinationale à prépondérance américaine.
Washington s’engage de sa part de mettre fin à son opération secrète contre le guide libyen et lâche celui «qu’il méritait d’être sauvé».

La mission de Deby au Tchad

Alors que le Tchad retourne sous l’emprise totale de la France, la mission de Deby était jusqu’à la tenue des élections en 1996. Le temps d’égaliser et de légitimer le pillage et le contrôle de l’économie tchadien.
Soumis à sa volonté et à sa merci, Deby donna le Tchad sur un plateau d’or à la France, l’ancienne impérialiste.

L’objectif de la France derrière la démocratisation de ses anciennes colonies en Afrique était de s’approvisionner en matières premières et en l’énergie après que les américains ait fait main basse sur le pétrole au Moyen Orient. Elle commença par la dévaluation du francs cfa, en organisant des Conférences nationales souveraines et en maintenant ses troupes au cas du besoin.

Si la France a réussi à faire main basse sur l’Afrique Centrale et sur l’Afrique de l’Ouest en réalisant partiellement son plan, elle subira un dur coup de revers en Algérie et plus-tard au Rwanda.

Avide du pouvoir et obsédé par le culte de sa personnalité, Deby qui gouta au plaisir et au charme du pouvoir s’engagea dans une opération de séduction faisant des militaires tchadiens, des milices à la solde de la France.

Depuis lors, les soldats tchadiens sont des mercenaires de la France dans les conflits en Afrique qui visent les intérêts français parfois au delà du cadre sous-régional dont la facture est imputée directement du trésor tchadien. Le cas du Mali, du Zaïre, de la RCA et maintenant en Libye ne sont pas anodin. Si Certaines de ces interventions sont sous le parapluie du conseil de sécurité de l’ONU, d’autres demeures secrètes ou déguisées hors du cadre légale et législatif.

Deby, l’agent de la France est devenu avec le temps encombrant à l’Élysée et des politiques français par son comportement arrogant et sa politique délirante.
Mais pourtant, il demeure l’homme qu’il faut de la Défense française et de la DGSE à toute urgence voulue.

Le retour des américains

L’équilibre sur lequel reposait le monde depuis 50 ans ? et particulièrement en Afrique francophone depuis 25 ans ? est rompue. L’entrée de la Chine en Afrique, les soulèvements populaire au Maghreb, le phénomène du djihad en Afrique, l’émergence d’une jeunesse consciente et l’anarchie contrôlée au Moyen Orient notamment en Irak et en Syrie, autant d’éléments qui obligent la France à revoir sa politique étrangère envers l’Afrique et de s’adapter aux réalités et exigences nouvelles de la marche du monde.

Sa position géostratégique, son armée et sa diversité ethnique et confessionnelle rend au Tchad une importance particulière pour les puissances occidentales et les monarchies du Golfe dans cette guerre du Sahara à plusieurs dimensions et facettes.

La dégradation de la situation socio-économique

Trop occupé par les affaires extérieures qui ne lui concerne pas, et après l’envoi de troupes tchadiennes au Mali, le président tchadien croit qu’en s’affichant sur la scène régionale et internationale, il préservera le pouvoir.
Il oublia alors les mécontentements sociaux, la cherté de la vie, la pression économique, l’insécurité, l’injustice, la dégradation du service de santé, qui à la vitesse où vont les choses provoqueront inévitablement un soulèvement populaire.

Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Analyste politique

 

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Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Parfaitement bilingue (arabe-français), activiste politique et analyste indépendant. Citoyen du monde. Passionné d'histoire, des études islamiques et de bande dessinée. Étudiant à vie. Fervent défenseur de la liberté de pensée et d'expression. J’œuvre pour les valeurs démocratiques et la justice. Rédacteur de Jeunes Tchad.
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