Mahamat Nouri: Une catastrophe pour le Tchad

« Nul n’a le droit d’effacer une page de l’histoire d’un peuple car un peuple sans histoire est un monde sans âme«    Alain Foka.

Ancien chef rebelle, Mahamat Nouri dit ”le sucrier” est un ancien agent de recrutement des PTT ( Poste et Télécommunication du Tchad) qui a rejoint la première rébellion du nord après avoir emporté la caisse des services de perception des postes d’Abéché, au milieu des années 70.
Il ralliera ensuite Hissene Habré. Les deux hommes sont des l’ethnie Anakaza, que les Goranes confiaient l’entretien de leurs jardins dans les oasis.

Au maquis ou il suit Habré comme son ombre, il veille sur les otages Allemands et Français après l’attaque de Bardaï d’Avril 1978 et l’enlèvement de Françoise Claustre, il est présent lorsque Hissene Habré exécute le commandant Galopin. En 1978, affublé du titre ronflant “ d’inspecteur du conseil de commandement des forces armées du nord”, il signe l’accord de Khartoum avec le conseil supérieur militaire.

En Mars 1980, sur l’ordre de Habré dont il est le ministre de l’intérieur, il attaque les commissariats et la gendarmerie de Ndjaména, déclenchant ainsi la terrible “guerre des 9 mois”. En représailles, le Général Kamougué fait bombarder sa villa par les “skyraiders” de l’armée. Cette guerre fratricide fera de Ndjaména une ville fantôme avant de s’étendre à tout le pays, et fait plus de 30 000 morts.

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Quand les troupes de Hissene Habré décrochent de la capitale, Mahamat Nouri est toujours commandant en chef en titre flanqué du colonel Hissene Hamita, un guerrier analphabète, criblé de blessures et borgne.

Après le retrait de N’Djamena de ses troupes, part en exil, en Egypte d’abord puis au Soudan. Six mois plus tard, quand il rejoint ses compagnons de lutte à Al Geneina près de la frontière, durement pris à partie par le conseil des forces du nord, Habré se défausse sur Mahamat Nouri qu’il fait arrêter, enchaîner et enfermer à Kouibous.

Idriss Deby qui à mené toute la retraite et bon ordre ses combattants découvre Nouri en loques et couvert de chaînes, au fond d’un gourbi. Il le fait libérer. Sous le règne de Habré, il refuse de participer aux actions de la sinistre D D S, la police politique de celui que les Tchadiens appellent le bourreau. Il est d’abord nommé commissaire aux transports au conseil d’Etat, puis directeur général de la compagnie nationale aérienne Air-Tchad qu’il a mise en faillite. Habré le méprise et le maltraite mais Nouri l’admire, fait le dos rond et lui reste attaché lorsque Habré prend la fuite sans prévenir, il quitte Ndjaména avec une poignée de fidèles et fonce vers le sud. Bloqué à Bongor, un émissaire de Deby l’assure de “la bienveillance du nouveau chef”. Pour preuve, il l’informe que sa maison gardée par deux combattants en armes est intacte.

Rassuré, Mahamat Nouri revient à Ndjaména. Réhabilité par le Président Deby, il est successivement nommé préfet du Borkou-Ennedi-Tibesti. Sa région natale, ministre de l’élevage pendant des années, ministre de la défense, puis ambassadeur extraordinaire en Arabie Saoudite. C’est là qu’il est contacté par Khartoum et pressé d’entrer en rébellion. Sa famille est mise à l’abri. Un Falcon 50 d’état vient le chercher à Riad pour le ramener au Soudan. Un premier crédit de 10 million de dollars lui est ouvert pour mettre sur pied l’UFDD,l’Union des forces pour la démocratie et le développement.

Depuis, très bien équipé par les services secrets Soudanais, il a conduit deux offensives au Tchad. Lors de l’occupation partielle de N’Djamena, il s’est montré à plusieurs reprises dans la capitale ou il logeait dans l’ancienne résidence de Timan Erdimi.

En 2008, l’échec de la dernière offensive l’a secoué. Les coups de canons et de roquettes qui ont encadré sa position, la pression du chef des services de renseignement Soudanais qui le pressaient de retourner au combat ont éprouvé ses nerfs. Souffrant d’un diabète grave (un comma en 2002), Mahamat Nouri est très affaibli. Mais il est encadré par “la garde de fer” de Hissene Habré qui a quitté Dakar pour le rejoindre au Soudan. Parmi ces cadres,

Bechir le fils de Habré, son cousin” le tueur aux yeux rouges” Guihini Korei, massacreur en série, ancien patron de la D D S, et de nombreux rescapés de de la SP, la sécurité présidentielle, bras armé redoutable de l’ancien pouvoir Habréiste. A travers Mahamat Nouri, porteur des armes et de l’orgueil des Anakaza, Hissene Habré poursuit sa vendetta contre le président Deby qui l’a chassé du pouvoir.

Expulsé par le Soudan au Qatar en 2010, il rejoigne plu-tard sa famille en France et suit un traitement médical intensif. Le ralliement de son ex-épouse au Soudan au régime d’Idriss Deby de son plein gré était une affaire d’Etat instrumentalisée par un communiqué de l’ANCD truffé de contre-vérité dont Nouri serait le président-fondateur.

Résidant en France par un visa médical, la France refuse catégoriquement de lui octroyer le titre d’exilé politique dont-il fait mainte fois la demande.

16 mai 2013, Mahamat Nourri est poursuivi par un mandat d’arrêt internationale émit par le Tchad l’accusant de complicité de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité dans l’affaire Hissein Habré réfugié au Sénégal depuis 1990.

 Jeunes Tchad

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Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Parfaitement bilingue (arabe-français), activiste politique et analyste indépendant. Citoyen du monde. Passionné d'histoire, des études islamiques et de bande dessinée. Étudiant à vie. Fervent défenseur de la liberté de pensée et d'expression. J’œuvre pour les valeurs démocratiques et la justice. Rédacteur de Jeunes Tchad.
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