A la rencontre des derviches du Soudan

Vous avez sûrement vu des reportages, des vidéos, des articles et même des livres qui pressentent l’islam n’importe comment. On apprend que les lois de l’islam  »la charia » c’est de couper la main au voleur, la lapidation de la femme et de l’homme adultères, l’inégalité absolue entre l’homme et la femme. Que l’islam est une religion incompatible avec la démocratie, qui interdit la musique, la danse, et l’art en général. Que l’homme doit porter un djalabia, surtout le vendredi et la femme une burqa. Le musulman ne supporte pas des critiques sur sa foi, qu’il rejette tout ce qui n’est pas conforme à son fanatisme religieux, un orgueilleux. C’est souvent un terroriste qui n’attend que sa première occasion pour commettre un attentat tuant des personnes et qui espère par la suite entrer au Paradis. Il préfère la mort à la vie. C’est quelqu’un avec un esprit étriqué qui croit que la terre ne tourne pas autour du soleil. Le but recherché par la propagation de cette image de l’islam par les médias, est de se faire de l’audience même s’il s’agit pour cela de déformer ou de caricaturer.
D’autres encore vous diront que c’est une religion de paix, de justice de culture et tous les tralalas.

Après avoir eu l’opportunité d’étudier au fil des années plusieurs formes de l’islam, je partage avec vous ces magnifiques moments auprès de ceux que j’appelle les  »derviches du Soudan ».
Un derviche est une personne suivant la voie d’une discipline volontaire du corps et de l’esprit cherchant à tendre vers une perfection par le soufisme (la « Tarîqa », la manière). Ce sont des combattants de Dieu qui n’ont ni kalachnikov, ni violence moins encore de discours haineux. Ils ne cherchent ni à convertir, ni à persuader de l’état dans lequel ils sont.

L’islam fit son entrée au Soudan d’abord par l’ouest grâce à des marchands venus du Mali et du Tchad. C’est un islam soufi qui caractérise aujourd’hui la société soudanaise. Dans les années 1930 après la fondation de l’organisation de Frères musulmans (FM) par l’égyptien Hassan Al-bana, le Soudan, alors sous colonisation anglo-égyptienne, a rapidement adhéré aux idées des FM inspirées du salafisme. En ce temps, ces idées étaient une véritable révolution contre le colonialisme. La charia prônée par le président soudanais Nimery dans les années 1980 sous conseil du patriarche islamiste Hassan Al-tourabi a conduit le Soudan dans un gouffre infernal de népotisme, de corruption et d’injustice par ses théories de l’islam politique. De passage, il y a une très grande différence entre l’islam politique et la politique de l’islam. Son opposition fondamentale et violente à la laïcité et à la démocratie changea alors l’histoire du Soudan. La venue des Frères musulmans au pouvoir par un coup d’État au Soudan avec une version revue par Tourabi, installa Oumar El-Bechir au pouvoir, prôna l’arabisation du Soudan et déclencha la « frère-islamisation » des Soudanais. Ce qui a eu pour conséquence la sécession du Sud-Soudan, la guerre au Darfour et dans le Nil bleu.

Les soufis traditionnellement loin du pouvoir contrairement aux salafistes, recherchent l’intériorisation, l’amour de Dieu, la contemplation et la sagesse.

On dénombre une trentaine de  »Tariqa » au Soudan. On les trouve à Oumdourman la ville jumelle de Khartoum. Chaque groupe ou Tariqa à un guide qui a la fonction d’un sage. Les disciples se comptent en milliers. Le soir du vendredi, les disciples se regroupent et prient Dieu au rythme des chansons, des danses, des musiques et des poèmes.
Nous irons à la découvert des  » Al-Moukachafiaya » qui peut se traduire par  «lever le voile» L’histoire du soufisme est largement méconnue tant par les musulmans eux-mêmes que par leurs détracteurs. Bien souvent, les gens à l’esprit étroit disent que danser est sacrilège. Ils pensent que Dieu nous a donné la musique – pas seulement la musique que nous faisons avec notre voix et nos instruments, mais la musique qui sous-tend toute forme de vie – et qu’il nous a ensuite interdit de l’écouter. Ne voient-ils pas que toute la nature chante ? Tout dans cet univers bouge en rythme – les battements du cœur ou les ailes des oiseaux, le vent les nuits d’orage, le forgeron à son enclume ou ce qu’entend dans le ventre de la mère d’un bébé à naître -, tout participe, passionnément, spontanément, à une mélodie magnifique. La danse des derviches tourneurs est un maillon dans cette chaîne perpétuelle. Telle la goutte d’eau qui porte en elle tout l’océan, notre danse reflète et voile à la fois les secrets du cosmos.

 

IMG_2600 IMG_2602 IMG_2611 IMG_2613 IMG_2616 IMG_2594 IMG_2602Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Mondoblogueur, Passionné des études islamiques

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Djarma Acheikh Ahmat Attidjani
Parfaitement bilingue (arabe-français), activiste politique et analyste indépendant. Citoyen du monde. Passionné d'histoire, des études islamiques et de bande dessinée. Étudiant à vie. Fervent défenseur de la liberté de pensée et d'expression. J’œuvre pour les valeurs démocratiques et la justice. Rédacteur de Jeunes Tchad.
Djarma Acheikh Ahmat Attidjani

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